Pour les desserts, je suis véritablement retournée visiter mon passé. Mon passé des premières années vécues avec Jacques-Yvan, nous habitions rue Grosvenor et Emma n’était pas encore née. La sœur de Jacques-Yvan avait proposé de venir m’aider à faire des gâteaux. Elle en ferait un au café, et moi j’irais vers ma charlotte. Je lui avais expliqué que ma recette semblait ne pas être basée sur les bonnes quantités. Ça faisait deux ou trois que je l’essayais et j’obtenais chaque fois une espèce de boue massive au lieu d’une belle crème fluide. Au jour dit, arrive la sœur, ou ma belle-sœur, en retard. Comme nous allions manger les gâteaux le jour même, et qu’à cette époque j’étais terriblement stressée, j’avais commencé ma charlotte sans l’attendre. Quand elle a sonné à la porte, j’en étais à observer que le même phénomène s’était produit : la boue devenait de plus en plus difficile à remuer.
– Montre ta recette, furent les premiers mots de la belle-sœur dont on peut dire que le tempérament était, et est encore, directif.
Je lui montre docilement ma recette dans mon beau livre à couverture rigide que j’avais acheté quelques mois plus tôt au Renaud-Bray de la Côte-des-Neiges.
– Fais attention de ne pas le tacher, n’avais-je pu m’empêcher de lui dire, tellement j’aimais mon livre.
– As-tu respecté les quantités ?, m’avait-elle demandé tout de go.
– Bien sûr, avais-je répondu.
– As-tu une balance ? Où est-elle ? Je ne la vois pas.
– Je n’en ai pas. Pourquoi ?
Elle m’avait regardé avec un sourire mi-attendri mi-perplexe face à une telle défaillance sur le plan de mes connaissances.
– C’est une recette au poids, et non au volume.
– C’est une recette au poids, et non au volume, avais-je répété, troublée, presque tremblante parce que je pressentais que je n’allais pas comprendre.
– Regarde. Ce n’est pas écrit 100 ml de poudre d’amandes, mais 100 g. C’est une recette au poids. Si tu as mis 100 ml de poudre d’amandes dans ta tasse à mesurer, c’est peut-être trois fois trop. Une ou deux cuillerées à soupe devraient suffire. As-tu consulté le tableau des équivalences ? Il devrait y en avoir un dans ton livre.
Fiou ! Que d’informations tout d’un coup ! J’avais fini par m’en sortir en ajoutant du lait à mon mélange et en remuant d’autant vigoureusement que la belle-sœur me surveillait.
Mon beau livre de recettes est resté à Montréal, chez Emma, qui était autrefois chez moi. Alors, à l’instar du Steak suisse, c’est Google qui m’a aidée. J’ai trouvé exactement la recette de charlotte aux framboises, exprimée au poids, et non au volume. Ici, chez Denauzier, qui est aussi chez moi, je n’ai pas trouvé de balance, alors j’y suis allée au pif, une cuillerée à soupe très comble de farine, trois un peu comble de poudre d’amandes, deux moyennes de sucre. Ce fut un régal.
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