Jour 1 335

Hier nous sommes allés cueillir des pommes à Notre-Dame-de-Lourdes et j'en ai profité pour me déguiser en joueuse de tennis.

Hier nous sommes allés cueillir des pommes à Notre-Dame-de-Lourdes et j’en ai profité pour me déguiser en joueuse de tennis.

À chaque fois que nous passons devant la maison de M. Clément lors de nos promenades, la maison de M. Clément il y a cinquante ans, papa me raconte la même histoire. J’adore. Je vérifie si, d’une fois à l’autre, il modifie l’histoire, et je constate qu’il ne la modifie pas. M. Clément tenait un dépanneur dans la pièce avant de sa maison, et habitait les pièces arrière avec sa femme. À l’époque, maman avait donné naissance à son troisième enfant, son premier fils, et ça n’allait pas fort. Alors pendant les premières années de sa petite enfance, pour épargner le système nerveux de maman, mon frère les grandes pattes d’ours s’est fait garder par le couple Clément. Il se faisait garder le jour et papa allait le chercher après sa journée de travail. Je ne me rappelle pas que mon frère se soit fait garder, mais il faut dire que j’étais petite, nous avons trois ans de différence. Mon père me dit aussi que dans ces années-là le frère de maman habitait avec nous, il enseignait l’école primaire aux garçons. Quand il corrigeait les devoirs de ses élèves, une vingtaine de cahiers aux couvertures de couleur devant lui, il semble que je prenais plaisir à les classer par couleur. J’ai donc commencé jeune à établir des classements chromatiques. Encore cette semaine, j’ai demandé à Denauzier s’il voulait que je classe ses vêtements par couleur. Il a dû penser que je blaguais car il ne m’a pas répondu. Un soir que c’était anormalement tranquille dans la chambre de mon frère, j’en reviens à l’histoire que papa me raconte lors de nos promenades, anormalement tranquille alors que mon frère se relevait d’ordinaire dix-huit fois pour faire pipi, pour boire, parce qu’il avait trop chaud, trop froid, que son haut de pyjama l’étouffait ou que la taille du pantalon s’entortillait –papa me donne invariablement tous ces exemples mais avec d’autres mots car entortiller ne fait pas partie de son vocabulaire–, un soir donc que c’était merveilleusement tranquille dans sa chambre, papa, enchanté que son fils se soit si facilement endormi, est allé voir si tout allait bien. Il a trouvé la fenêtre ouverte, et pas de grandes pattes d’ours. Lorsque papa me raconte cette histoire, je mesure à chaque fois l’intelligence de mon frère. Quand il est entré chez les Clément, côté dépanneur, qui était encore ouvert, du haut de son pyjama et peut-être aussi de ses pantoufles, mon frère a dit ceci au couple, qui ne s’est douté de rien :
– Mes parents demandent si vous pouvez me garder ?

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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