Jour 1 338

C’est curieux, ces réminiscences autour de ma sœur qui viennent habiter mon esprit ces derniers temps. C’est curieux oui et non. Il faut savoir que Bibi, et maintenant papa, habite depuis deux ans à côté de la maison où je suis née. C’est ce qui a fait dire à papa, une fois que nous marchions ensemble cet été, sous forme de simple constat que l’on peut interpréter à l’infini :
– Je suis né ici et j’y reviens finir ma vie.
Et c’est cette phrase de papa qui m’a fait écrire, dans un texte récent, que notre parcours sur terre est en gros le suivant : on part de notre point d’origine pour mieux y revenir. C’est ce que tend à signifier en tout cas mon retour dans Lanaudière, même si je ne me sens pas encore à la veille de mourir. C’est également ce que tend à signifier le retour de Bibi qui habitait auparavant à Montréal, et le retour de papa sur la rue même où il a fondé sa famille avec maman. Pour faire oracle qui connaît bien des choses, j’ai ajouté dans ce texte précédent qu’il est facile de penser que la distance que nous parcourons dans notre vie, avant de revenir à notre point d’origine, n’était peut-être pas nécessaire. Bien entendu, cet ajout ne veut absolument rien dire. Pire, n’avoir pas franchi cette distance qui m’a éloignée de mon point d’origine, je n’aurais pas rencontré Jacques-Yvan, qui ne m’aurait pas donné Emma.
Il y a, donc, la maison de Bibi et de papa, une autre maison à gauche quand on sort de la leur, et la maison où je suis née. Les réminiscences qui visitent mon esprit ces derniers jours ne sont pas en lien avec des événements qui se sont produits à l’époque où nous habitions cette maison où je suis née –d’autant que j’avais seulement dix ans quand nous l’avons quittée. Ce sont des réminiscences d’événements qui ont eu lieu au cours de ma psychanalyse, j’étais dans la jeune trentaine. Les nœuds qui entravaient ma relation avec ma sœur se sont dénoués d’un seul coup quand je lui ai demandé, au téléphone, pourquoi elle me parlait comme si j’étais un bébé. Question suave, formulée je l’espère, car je ne m’en souviens plus, sans animosité. J’ai posé ma question spontanément, mais le cœur s’est mis à me débattre avant même que j’aie terminé ma phrase interrogative car je réalisais que j’étais en train d’accomplir l’action qui allait dénouer les nœuds. Ma belle Bibi a été déstabilisée, je pense, et nous nous sommes empressées de mettre fin à notre conversation, alors que nous avions l’habitude de nous dire dix-huit fois au revoir en temps normal. Ensuite, il s’est passé quelques mois avant que nous ne reprenions contact. Et j’imagine que c’est Bibi qui a repris contact car je ne téléphone jamais à personne. Il me semble que c’est à moi qu’il revenait de reprendre contact. La même chose se produit, dans Sex, Lies and Videotapes. C’est l’aînée qui reprend contact avec sa cadette, alors que la cadette a couché plus d’une fois avec le mari de son aînée. Je me rappelle très bien de la scène : Andie MacDowell marche sur le trottoir, le long d’un mur gris, en direction du bar où travaille sa sœur, une plante à la main qu’elle s’apprête à lui offrir en cadeau.

À propos de Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou. C'est un surnom qui m'a été donné par un être cher, quand je vivais en France.
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