Jour 1 344

Pendant ce temps-là on a fait des folies

Pendant ce temps-là, Emma et moi on a fait des folies

Mince ! Papa pèse aujourd’hui quatre livres de plus qu’hier. Il me semble qu’il a la respiration plus haute. Et qu’il a eu une toux grasse tout à l’heure. Je n’ai pas trop réussi à savoir ce qu’il a mangé hier. Apprendre qu’il aurait mangé énormément, et que le surplus de poids est alimentaire et non pas pulmonaire dans le sens d’avoir de l’eau sur les poumons, je serais soulagée. En même temps, nous avons croisé ce matin un vieil homme, mais plus jeune que papa et apparemment en bonne forme. Il nous voit souvent marcher dans les environs, nous a-t-il dit, et il félicite papa dont la vitesse de marche, et l’équilibre, ont augmenté. En même temps, papa m’a demandé ce matin la vadrouille pour nettoyer son plancher. Je ne l’ai pas vu faire, préférant le laisser tranquille, mais je l’ai entendu à plusieurs reprises rincer la vadrouille. En même temps, il est allé marcher seul pendant que je faisais de la bicyclette en début d’après-midi. C’est la première fois qu’il s’absente seul, je veux dire sans moi, en ces dix jours que je l’ai accompagné.
– Tu n’as pas à t’inquiéter, m’a dit Denauzier à qui j’ai eu tôt fait de téléphoner après la pesée matinale.
– Je l’ai quand même laissé boire de la bière, ai-je répondu, quand il m’en a demandé un demi-verre… Et s’il mange deux ou trois bols de céréales Corn Flakes la nuit, quand il se réveille, ça commence à faire beaucoup de liquides… Plus le café, une demi-tasse le matin, et les gorgées d’eau pour avaler les comprimés, quatre fois par jour, et l’eau que contiennent les fruits…
– Chérie, m’a interrompue Denauzier.
– D’accord, ai-je répondu.
C’est l’avantage de se rencontrer à 56 ans l’un et l’autre, on n’a pas besoin de prononcer deux cent cinquante mots là où un seul suffit.
L’état de papa aujourd’hui, qui me semble, peut-être à tort, moins stable que son état des derniers jours, me fait penser à la première fois que je me suis absentée pour sortir avec des copines, dans les premiers mois de vie d’Emmanuelle. Quand je suis revenue à la maison et que je suis allée voir –presque au pas de course– ma chouchou qui dormait dans sa couchette, je lui ai trouvé plein de boutons sur le corps, elle avait la varicelle ! Cela m’avait convaincue de ne pas m’éloigner d’elle trop souvent. Un peu dans la même veine, l’état de papa aujourd’hui m’incite à penser que ce n’était pas exagéré que je sois avec lui presque tout le temps, attentive et disponible –sauf les premières heures des après-midi pendant lesquelles je suis allée soit me baigner, soit marcher, soit faire de la bicyclette, soit faire des emplettes. Pendant ce temps-là, je veux dire pendant que papa vivait sa journée seul, Emma et moi, avant de nous présenter à la fête car nous étions une heure d’avance, avons fait des folies avec mon appareil photo, dont des rafales sous les sorbiers domestiques du grand Joliette.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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