Je ne me permettrais pas de mettre en ligne une photo sur laquelle le sujet apparaît aussi laid, à moins que le sujet ne soit moi, ce qui est le cas. La photo est floue, mais on m’y reconnaît quand même. Elle dégage moins de zest que mes photos précédentes, celles avec haut de bikini couvrant les seins, puis les omoplates. Je porte les sandales de Denauzier pour me protéger des petits cailloux dans le fond de la rivière et on peut distinguer mon vernis gris aux ongles de pieds –que j’ai enlevé depuis. À cause de la réfraction de l’eau, on dirait que je souffre d’œdème aux pieds et aux chevilles. Mon maillot a peut-être vingt ans, je le portais du temps de ma vie avec Jacques-Yvan, quand chouchou était toute petite et que je tirais sa voiturette derrière ma bicyclette sur les routes pas toujours tranquilles de la région de St-Placide. En passant, chouchou a 19 ans aujourd’hui le 23 août. Je porte sur la tête un accessoire qui m’est très cher, à savoir le bandhana. C’est François qui m’a fait découvrir les vertus des mouchoirs de poche blancs en coton, et c’est le hasard qui m’a fait tomber sur un bandhana noir et blanc alors que je fouillais dans un fond de tiroir chez Denauzier. Nous étions au parc Jeanne-Mance, François et moi, assis sur un banc, et je pleurais tellement qu’il m’avait donné son mouchoir en le sortant, je m’en rappelle fort bien, de la poche arrière, bien plié, de son pantalon beige. Voyant à quel point le mouchoir m’était nécessaire, il m’avait dit que je pouvais le garder. Découvrant à quel point il est utile de porter sur soi un mouchoir, blanc ou imprimé, je ne m’en suis plus jamais passé. Sur la photo, le bandhana me dégouline de part et d’autre du crâne car après l’avoir plongé dans l’eau de la rivière, je me le suis appliqué sur la tête pour me rafraîchir. Je prie la bonne Ste-Anne pour qu’elle me protège du coup de froid, tel un coup de fouet, que constituent les dégoulinades. La chaise sur laquelle je suis assise est pourvue d’une tablette sur laquelle est déposée une casquette. Dans une étape deux de mon rafraîchissement, je me suis aussi fait couler de l’eau sur la tête en la prenant de la rivière à même ma casquette, faisant ainsi de la casquette une grosse cuiller, une louche, une braoule, dirait papa. C’est une autre forme de body art, finalement, aux antipodes de l’esthétisme, ou encore un exercice d’humilité, que constitue la publication de cette photo.
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