Je demande à papa pourquoi il enfile ses pantoufles puisque nous sommes en pleine nuit et qu’il nous faut dormir.
– C’est pour me véhiculer, en attendant, me répond-il.
Encore une fois, je suis séduite par le vocabulaire recherché.
– En attendant quoi ?, lui dis-je, un léger sourire aux lèvres.
Papa prend quelques secondes pour me répondre, comme si ma question l’embêtait, puis il me dit :
– Le temps de faire mon lit, pour commencer.
– OK, je vais t’aider.
Nous replaçons les couvertures chacun de notre côté du lit. Puis, comme il l’a fait tant de fois dans sa vie, que ce soit avec la nappe sur la table de la cuisine ou avec les draps sur le matelas, il tente de faire disparaître les plis du bout des doigts d’un frôlement léger. Il regarde ensuite son lit et ne semble pas convaincu de vouloir s’y glisser.
– As-tu besoin de boire ou d’aller faire pipi ?, lui demandé-je pour l’aider à se décider.
– Je n’ai pas envie mais j’ai soif, c’est une bonne idée, je vais aller boire une gorgée de Coke.
Je sais qu’il n’y en a pas dans son frigo, mais il y trouve des bouteilles d’eau, il en ouvre une et boit quelques gorgées.
– Veux-tu des framboises ?, me demande-t-il, voyant qu’il en reste un fond dans le panier sur la première tablette.
Encore une fois, bis, je suis séduite par sa manière, ouverte et appliquée, de prononcer le son oi, cela devient des framboooiiises.
– On pourrait peut-être les manger demain matin ?, lui dis-je, en le tirant très légèrement par le bras pour le rediriger vers son lit.
– Je ne sais pas si ça va vouloir dormir, me dit-il, en me suivant à petits pas.
Papa se sent peut-être étranger au phénomène du sommeil, il ne dit pas Si je vais pouvoir, mais plutôt Si ça va vouloir.
Nous déplions les couvertures que nous avons très minutieusement replacées cinq minutes auparavant. Papa s’installe en chien de fusil, je le couvre jusqu’au cou. Juste assez, pas trop. Je l’embrasse sur le front. Je retourne au lit auprès de Denauzier. Je n’ai pas le cœur en miettes, comme lorsqu’au Métro d’alimentation dernièrement j’ai eu le cœur en miettes en voyant un étalage de tablettes Aéro –parce que papa, de tout temps, en a dans sa maison. Je me colle sur Denauzier, je l’enlace en lui disant que papa est vraiment mignon.
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Badouziennes
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Qui est Badouz ?
Une autrice illustrement inconnue !
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Je trouve tes textes savoureux et touchants, j’ai beaucoup de plaisir à te lire et à suivre tes aventures… 🙂
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Mon cher lecteur Frédéric, quelle belle visite ! Merci pour tes commentaires qui me font du bien. Je ne suis pas encore vraiment installée pour mes écritures et mes peintures, mais cela va s’arranger. Je pense à vous tous. Lynda.
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