Jour 1 372

Je savais que j’allais regretter d’avoir écrit, en référence à la fin de vie de mon père, jour 1374 : Maman, s’il te plaît, viens le chercher. Ça m’arrive d’écrire des choses que je ne suis pas certaine de ressentir à 100% et de les écrire pareil à la seule fin de tester si j’y crois davantage, quand je me relis quelques jours plus tard. Je pense que maman est bien là où elle est et que papa est aujourd’hui là où il doit être, c’est-à-dire dans le monde des vivants pour encore quelque temps. Chaque chose en son temps. Qu’est-ce qui me fait penser qu’il n’est plus aussi pressant que papa monte au ciel ? Le fait qu’il ne soit pas souffrant physiquement ni psychologiquement, même s’il a des moments d’impatience. Ça, c’est la condition première et essentielle. En deuxième lieu, c’est la solidarité de ses quatre enfants, c’est l’amour que nous lui prodiguons en l’accompagnant presque tout le temps, jour et nuit. Quand il est entré à l’hôpital, le tout premier jour, nous nous sommes retrouvés Bibi, les pattes d’ours, Swiff et moi debout autour de lui qui était assis. Nous étions les abeilles bourdonnant autour de la reine. Maintenant qu’il est hospitalisé à plus long terme, nous nous relayons pour prendre soin de lui. Quand un de ses enfants arrive, l’autre part, après ce que Denauzier appelle « la passation des pouvoirs », à savoir la transmission des informations. Bibi, notre aînée, est la coordonnatrice. Elle nous informe des nouveautés qui lui ont été transmises par les médecins, elle nous dit qui sera de garde le lendemain entre quelle heure et quelle heure. Elle ajoute qu’elle est allée se baigner chez les pattes d’ours et qu’elle porte sa nouvelle robe. Personne n’a remarqué qu’elle porte la nouvelle robe parce qu’elle ressemble énormément à une autre robe qu’elle a déjà. Il m’est arrivé il y a quelques années d’être chez papa avec Emma, du temps qu’il habitait à Saint-Jean-de-Matha, et de m’être arrêtée quelques secondes, c’était un soir et j’étais dans la salle de bains, surprise qu’il se dégage tant d’amour entre nous trois dans la maison. Il se dégage autant d’amour dans la petite chambre qui est la sienne, à l’hôpital de Joliette, où nous défilons tous. Ces jours d’accompagnement sont le dernier don, le dernier geste d’amour qu’il nous est encore possible de lui faire. Maman, de toute évidence, l’a compris avant moi.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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