Denauzier et moi parlons chiffres à l’occasion. Je lui ai demandé récemment s’il avait écouté l’histoire qu’un ami nous a racontée lors d’une soirée. Il m’a répondu qu’il avait écouté à 50%, compte tenu que l’ami emprunte de longs détours, en introduisant de nombreuses incises, avant d’en arriver au fait. M’inspirant de cette réponse qu’il m’avait donnée en pourcentage, je lui ai dit samedi dernier, je ne me rappelle plus dans quel contexte, que j’estimais le connaître, lui, Denauzier, à 18%. J’appuie mon évaluation sur le fait que pendant la première année d’une relation, tout est à découvrir : première fête de Noël, première cérémonie de Pâques et du lavement des pieds, premiers anniversaires de naissance mutuels, première inquiétude quand les caractères s’entrechoquent dans la ville de Tampa parce qu’on cherche une sculpture introuvable, etc. À la première rencontre, et quitte à exprimer une lapalissade, la connaissance de l’autre se situe à 0%. Au fil des événements qui vont jalonner la vie des deux protagonistes, les douze premiers mois, il me semble réaliste de penser que l’on circonscrit l’être aimé pour une valeur du 1/5 de son être. Après, au fil du temps qui passe, c’est la connaissance fine et non la connaissance brute qui entre en ligne de compte, et alors le pourcentage grimpe lentement, je dirais de seulement 2% par année. J’en arrive au calcul suivant : 100% de la connaissance possible – 18% de la connaissance acquise en une année = 82% de connaissance restante à découvrir. Ce 82% de connaissance restante / 2% de la connaissance fine par année = 41 années nécessaires pour se connaître à 100%. Denauzier et moi allons mourir avant, car dans 41 années nous aurons chacun 97 ans, et je ne crois pas que nos enveloppes physiques auront la force de se rendre jusque là.
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