Demain mercredi, il y aura des choses à lire dans le journal Métro plus que d’habitude en raison du décès de Jacques Parizeau. Il est né un mois et demi avant mon papa, en 1930. Il y a donc des chances que je lise le journal en commençant par le début. Ce matin, à la station Villa-Maria, j’ai décliné l’offre du monsieur qui nous tend le journal tous les jours de la semaine, beau temps mauvais temps, parce que je ne portais pas mes lunettes. Je les range dans la pochette intérieure de mon imperméable quand il pleut, parce qu’une fois les verres mouillés par les gouttes de pluie, ça m’énerve de mal voir à travers. Il n’y aurait rien eu à y lire de plus que d’habitude, cependant, la nouvelle du décès étant encore trop fraîche. J’ai pensé que Jacques Parizeau était décédé lorsque je suis sortie sur le quai du métro Édouard-Montpetit parce que j’ai vu passer son nom, mais son nom seulement, sans la mention du décès, sur l’écran du diffuseur de nouvelles. Je peux effectivement bien lire les gros titres sur l’écran même si je ne porte pas mes lunettes. Une fois sortie du métro, je me suis fait la réflexion que je n’avais pas de mouchoir de coton dans mes poches ou dans mon sac pour frotter les verres de mes lunettes quand j’arriverais au bureau. J’en étais là de ma réflexion lorsque j’ai reconnu ma collègue, qui marchait sur le trottoir à quelques mètres devant moi. Bien que ce ne soit pas poli, j’ai crié son prénom mais elle ne s’est pas retournée. Je ne suis pas douée pour crier, je n’ai pas assez de voix. Je me suis efforcée de crier plus fort et cette fois fut la bonne, la collègue s’est retournée. Nous avons fait ensemble le chemin qui mène à notre pavillon.
– Quoi de neuf ?, m’a-t-elle demandé.
– Rien, ai-je répondu. Et toi ?
– Rien non plus.
– Jacques Parizeau est-il décédé ?
– Oui, cette nuit, mais ça ne paraît pas encore dans les journaux, c’est trop récent. Je l’ai entendu à la radio.
– Ça paraîtra demain, ai-je précisé, juste pour dire que je disais quelque chose.
– Exact.
– Il aura eu une belle carrière et, je pense, une belle vie, ai-je dit pour amorcer un semblant de conversation.
– As-tu ton lunch ?, m’a demandé ma collègue insensible à l’amorce de la conversation.
– On pourrait aller marcher après avoir mangé ?, ai-je suggéré parce que je savais que c’est cela qu’elle désirait.
Et c’est ainsi qu’à défaut de faire faire de l’exercice à mes neurones en commentant un événement d’actualité, je suis allée me délier les jambettes entre 12h30 et 13h en ne parlant, essentiellement, que de la pluie et du beau temps.
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