Jour 1 417

Ai-je écrit que je prends ma retraite le 1er juillet qui vient ? Plutôt que de parler de retraite, je dis à mes proches que je change de vie. J’ai changé de vie plusieurs fois dans ma vie, mais il me semble que c’était plus facile, plus jeune. C’était moins vertigineux, parce que mes changements de vie n’étaient pas en lien avec un engagement, auprès d’un homme, d’un milieu très différent, comme ça l’est maintenant. À dix-sept ans je suis partie de mon patelin natal m’installer à Québec pour mes études au Conservatoire. La première année de ma vie à Québec, j’habitais chez une dame où je n’ai pas passé le dixième du temps, j’étais tout le temps chez des amis. J’ai passé neuf ans à Québec, neuf ans de vie bohème pendant lesquelles j’ai étudié la musique et la littérature française. J’ai eu des petits boulots. À vingt-six ans je suis partie vivre en France et je n’ai pas souvenir d’avoir eu conscience que je changeais de vie. Je partais juste en avion m’installer ailleurs quelque temps, pendant trois ans. À mon retour, j’ai aménagé à Montréal et assez rapidement j’ai changé ma vie pour un homme, marié avec enfants, mais je dirais qu’à cette époque-là, j’avais trente-deux ans, je ne mesurais pas tant que ça l’engagement qui était lié à ce changement. Je me lançais dans une aventure. Ma vie a changé quand je suis devenue maman, j’avais trente-sept ans. Ma vie a changé encore quand j’ai quitté cet homme, le père de ma fille. Et encore ma vie a changé quand je me suis unie à François, qui est décédé l’année d’après. À travers ça, j’ai fait un certificat en arts plastiques à l’UQÀM qui, lui, a changé ma vie. Je passe sous silence certains changements qui ont eu lieu dont je ne suis pas trop fière. Et j’aboutis en gros à maintenant, au changement qui s’en vient dans quelque deux mois. Je m’entends dire à mes proches que je pense que c’est une bonne décision. C’est peut-être vrai. Certains jours, comme aujourd’hui, je me sens légère. J’imagine que c’est un bon signe.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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