Jour 1 418

Hier avant de me coucher j’ai lu des extraits des textes que j’ai accumulés dans la deuxième année de ma décade. À cette époque, j’essayais d’écrire des textes de fiction sans préparation, à froid, au jour le jour. Les pages que j’ai lues avaient trait à Yasmine, à ses capes en queues de renard, à ses talons-aiguilles, à ses bagues, à ses chignons. Je trouve que c’est bien écrit. Que c’est trop difficile à suivre parce que ça va dans tous les sens. Que j’introduis des événements sans les expliciter suffisamment, de telle sorte qu’on ne comprend pas ce qu’ils viennent faire dans le récit. Parfois, il suffirait d’une demi-phrase pour les expliciter, donc ce ne serait pas la mer à boire si je décidais éventuellement de retravailler mes textes. Je trouve, malgré tout, que c’est bien écrit. Que j’ai une belle plume agile, mais désorganisée. Les passages surréalistes, qu’on ne voit pas venir non plus, sont rafraîchissants, comme le passage dans lequel il est question de Clovis qui verse quelques gouttes de mercurochrome dans la mixture de ma teinture à cheveux. J’ai été la première surprise quand je suis tombée sur le mot mercurochrome et cela m’a fait sourire. Je trouve enfin que je suis plus douée en écriture qu’en peinture. J’étais encore un peu bouleversée par la conversation que j’ai entendue à l’Hôtel-Dieu et Yasmine a eu le mérite de me changer les idées. J’ai passé le reste de la journée, après l’hôpital, à me demander si le cardiologue n’avait pas simplement voulu confronter la dame à ses propres paroles, comme lorsqu’on veut amener une personne à se rendre compte qu’elle exagère et que, pour le bénéfice de tout le monde, elle devrait arrêter d’exagérer. En même temps, et nonobstant les intentions du cardiologue, qui était sympathique, je me suis dit qu’on peut aborder le sujet de la mort de manière terre à terre, qu’on peut en parler comme de la fin d’un contrat, la fin d’une époque. La dame disait qu’elle n’avait plus de plaisir (à vivre) comme elle aurait pu dire à un concessionnaire automobile que, n’ayant plus de plaisir à conduire sa voiture X, elle désire maintenant aller vers une voiture Y, auprès d’un autre concessionnaire. La dame, encore, aurait pu utiliser à peu près les mêmes tournures de phrase pour exprimer qu’elle a assez travaillé, qu’elle désire passer à autre chose, en quittant son emploi ou en prenant sa retraite. Ainsi les mots Je n’ai plus faim, j’ai mal partout en tout temps, la seule chose qui me fasse encore plaisir c’est de l’eau froide, pourraient se lire Je n’ai plus de plaisir à obturer des dents (exemple avec un dentiste), cela me fait mal aux poignets après toutes ces années, la seule chose qui me soulage c’est une alternance de chaud et de froid, le soir, et  cela me soulage moins qu’avant.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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