Si j’installe l’œuvre qui s’appelle temporairement Vacuité dans la pièce au toit cathédrale, chez Denauzier, cela fera deux installations semblables dans la pièce, sur le même mur, maintenues par du Velcro toutes les deux. Celle qui apparaît sur la photo ci-contre, déjà installée, occupe un mur plutôt sombre le jour, et pas éclairé le soir, où personne ne s’arrête. Le mur plutôt sombre, en fait, est situé face à un garde-robe muni de portes-accordéons. Alors on s’arrête devant ce mur, et donc devant mon œuvre, mais de dos pour faire face aux portes. Quand Denauzier m’a demandé où je voulais installer ces 26 toiles de ma série alphabétique, j’ai proposé cet endroit caché parce que cette série m’intéresse sans toutefois m’inspirer. Personne ne la regarde jamais. Lorsque j’y amène des gens, pour expliquer ma démarche, ces gens, habituellement, n’ont pas de réaction. Ils me regardent sans parler, ou alors ils disent que c’est bien, ou alors ils se mettent à parler d’autre chose.
Il faudrait que je tente l’exercice suivant : installer les sujets foulardés à un endroit qui reçoit de la belle lumière. Décorer cet endroit d’une plante en bonne santé, dont la couleur chlorophylle nous vivifie, déposée à proximité de l’œuvre, pour l’accompagner. J’imagine une plante dont les feuilles sont amples, comme les palmes d’un palmier [j’ai regardé mes photos de la Floride hier…]. Je serais peut-être la première étonnée de l’effet que mon installation aurait sur moi.

