Jour 1 432

L'hôtel du film Winter Sleep ressemble à celui-ci en plus délabré et en très boueux

L’hôtel du film Winter Sleep ressemble à celui-ci, en plus délabré et en très boueux.

Aydin est le personnage principal du film que j’ai vu hier, Winter Sleep, qui dure 197 minutes et qui ne m’a pas paru long. J’étais accompagnée de ma tendre amie Oscarine qui nous avait préparé de délicieux sandwiches. Ce fut un peu embêtant de les sortir du sac de papier et d’en retirer la pellicule d’aluminium, à cause du bruit, mais nous avons fait de notre mieux pour minimiser le dérangement. Aydin, riche comédien à la retraite, aime s’enfermer dans son bureau et écrire des articles à tendance philosophique et esthétique qu’à peu près personne ne lit. En ce sens, il me fait penser à moi. Un soir, sa sœur vient s’asseoir dans son bureau et lui exprime qu’elle le trouve vain dans sa démarche d’écriture.
– Tu es imbu de toi-même, lui dit-elle. Tes textes sont vides, tu devrais laisser aux experts le soin d’aborder les sujets que tu abordes.
– On peut aborder un sujet même si on n’en est pas expert, répond Aydin.
Si je n’abordais que les sujets dont je suis experte, c’est-à-dire aucun, me suis-je dit à ce moment du film, je n’écrirais pas. Si je n’écrivais pas, personne n’en souffrirait, personne ne serait perdant. Je serais la seule à ne pas profiter d’une activité de création qui me procure de la joie, de l’équilibre, de la satisfaction.
Les trois protagonistes principaux vivent chacun dans leur appartement au sein d’un hôtel plutôt désert dans les steppes de l’Anatolie. Aydin se tient dans son bureau, sa femme dans sa chambre à elle et non dans la chambre du couple –si une telle chambre existe car ça ne va pas fort dans le couple–, et également la sœur dans une autre chambre qu’on ne voit pas mais qu’on devine. À la fin du film, après avoir entendu assez longuement les femmes critiquer Aydin, pour une raison ou pour une autre, on visite chaque protagoniste dans la pièce qui lui est propre. La femme d’Aydin est assise et ne fait rien. La sœur d’Aydin nous est présentée en gros plan, son visage seulement, et le corps est immobile. Arrive Aydin dans l’image. Un sourire aux lèvres, il entame l’écriture d’un essai sur le théâtre turc. Il se régale. En voilà un, me suis-je dit en sortant du film, que sa femme et que sa sœur soient, ou non, justifiées de le critiquer, en voilà un, donc, qui a le sens de la résilience. C’est ce que j’ai retenu de mes trois heures de film.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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