Je vais établir un premier contact avec Julianne Moore demain samedi car je compte aller voir Still Alice. J’hésite à y aller, car je pressens que je vais ressortir de la séance pas mal ébranlée. Mais en même temps, bon bélier, je sais que je vais y aller. Il est aussi possible qu’il arrive des surprises : je vais y aller et je ne serai pas si ébranlée, ou alors, étant bel et bien ébranlée, je vais m’en remettre mieux que je ne l’appréhende en ce moment. J’ai vu la bande annonce. Dans une scène qui semble arriver à la fin du film, en conclusion, on voit Alice marcher sur la plage. On l’entend se dire en monologue intérieur que la seule manière de vivre dont elle dispose dorénavant, ayant reçu un diagnostic d’Alzheimer précoce, consiste à se maintenir dans le temps présent. Rien de moins. Il n’y a pas grand monde qui soit capable de vivre de cette manière sur la terre, sauf les enfants jusqu’à un certain âge et jusqu’à un certain point, d’où il ressort qu’Alice est confrontée, elle aussi –en référence à mes textes précédents–, à un défi énorme. C’est un défi vertigineux, pas mal plus exigeant que celui de dormir seule dans une tente le long de la Pacific Crest Trail. En comparaison, écrire mille pages de textes par année, quand on s’appelle Aragon, c’est de la petite bière. Et les défis musicaux énormes que se lance Gonzales n’arrivent peut-être pas à la cheville de celui d’Alice. Comme s’il fallait qu’il y ait surenchère des défis énormes, finalement.
Dans le registre très modeste de mes défis personnels minuscules, j’ai trouvé une manière de donner un sens à ma mosaïque de 24 toiles et je ne désire plus l’abandonner. Sur la surface uniforme de l’ensemble, c’est-à-dire uniformément chamarrée et texturée, j’ai tracé une grosse volute de fumée qui pourrait s’élever d’un calumet sacré. La masse est de couleur jaune serin. J’ai dilué la couleur avec de l’eau pour que le fond initial –chamarré texturé– ne soit pas caché par la masse superposée. J’ai commencé à tracer au crayon à encre noire, à bille mais à pointe fine, toutes sortes de lignes qui vont parcourir la masse jaune serin en m’inspirant de l’image qui apparaît ci-contre en photo vedette. L’effet final attendu pourrait être la rencontre de deux masses aux textures, motifs et couleurs différents. Je vais travailler là-dessus une bonne partie du week-end et, travaillant là-dessus, je vais me dire qu’il ne faut plus que je me lance, à l’avenir, dans des projets si détaillés, si minutieux, si longs. Si énormes, en fin de compte, par rapport à mes capacités.
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