Jour 1 444

L’avion qui m’a conduite à Orlando, au départ de Montréal, a eu un retard d’une heure et demie. Plutôt que de quitter l’aéroport à 17:10, tel que prévu, nous l’avons quitté à 18:45. Cela m’a permis de lire un nombre supplémentaire de pages de La détresse et l’enchantement, bien calée dans un fauteuil moelleux, en m’interrompant par moments pour observer, distraitement, ce qui se passait autour de moi. Mon attention a été attirée par une famille qui attendait non loin d’où je lisais. Les deux parents, parfaitement bilingues, étaient dans la jeune trentaine. Leurs deux enfants, des garçons, accusaient un  écart d’âge assez important. Le plus vieux, construit sur le modèle du salsifis, avait peut-être huit ans. Le plus jeune, un chérubin joufflu aux cheveux châtains bouclés, avait seize mois. Je ne savais pas, au début de mon observation, que le plus jeune avait seize mois. Je l’ai su quand nous sommes arrivés à Orlando –dans une humidité qui m’a fait regretter d’avoir mis mes jeans pour voyager. Je savais, c’est ce qu’on appelle l’instinct, que cette famille allait se retrouver près de moi dans l’avion. Comme de fait, quand est venu le temps d’atteindre mon siège, ils étaient déjà installés sur les leurs, à la rangée qui précédait la mienne. Puisque c’était un vol de soir, les lumières de l’avion étaient tamisées pour inciter au calme et au repos. J’ai donc voulu profiter du calme et du repos, d’autant que, pour avoir déjà eu peur de prendre l’avion, je constatais avec plaisir que je n’avais plus peur et que, même, j’aimais l’effet des turbulences qui nous brassent un peu. Je me suis fermé les yeux et j’ai attendu que le chérubin cesse de pleurer. Mon attente a été vaine pendant la première demi-heure. Pour soulager la maman, arrivée la deuxième demi-heure, le papa a voulu prendre l’enfant sur lui, mais l’enfant a encore plus pleuré, alors il est retourné sur sa maman. D’où j’étais, je pouvais tout voir par l’espace d’à peu près un pouce qui était ménagé entre les dossiers. Je trouvais agréablement curieux que les parents conversent comme si de rien n’était, de petites choses, en passant sans cesse d’une langue à l’autre, en essayant de s’entendre parler malgré les pleurs parfois juste énervants, parfois stridents, du petit garçon. Il a fallu que je me rende à l’évidence, à un moment donné, les pleurs n’allaient pas s’arrêter. Quand la descente de l’avion s’est amorcée, nous étions dans la sixième demi-heure, les pleurs ont quadruplé, alors j’ai pensé qu’il y avait derrière cet inconfort une histoire de tympans. Toujours est-il que le garçon s’est endormi un petit quinze minutes avant l’atterrissage, autrement dit il a pleuré pendant deux heures et trois-quarts. Plus le temps passait, plus mon niveau d’admiration augmentait. J’ai passé une bonne partie du trajet à me demander comment j’aurais vécu la même situation, si elle s’était produite, quand Emma avait seize mois. Une fois à l’aéroport d’Orlando, en attente de nos bagages, je me suis approchée de la maman. C’est à ce moment-là que j’ai su que le bébé avait seize mois et qu’il avait des problèmes aux oreilles. J’ai dit à la maman qu’elle avait toute mon admiration. Surprise, je pense, elle m’a répondu, en souriant, que mes paroles la réconfortaient. Elle m’a dit :
– Ce que vous me dites est très apprécié.
J’ai trouvé que mon voyage en Floride commençait plutôt bien.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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