À la veille de mon départ pour Orlando demain mercredi le 4 mars, un événement de mon passé récent se rappelle à mon esprit au moment d’entamer ce nouveau texte. Je suis avec Denauzier chez mon amie Nicoletta. Denauzier est dans la salle à manger. Il parle avec les hommes. Les femmes, dont moi, nous retrouvons dans la cuisine, autour de la cuisinière. Une des femmes, quand j’arrive dans la pièce, est presque en train de pleurer tellement elle est bouleversée que son fils ait feint avoir été en contrôle de ses études. Elle vient de recevoir son bulletin et découvre qu’il a coulé plusieurs matières. Elle en veut à son fils d’avoir fait semblant. Elle lui a demandé régulièrement pendant le trimestre comment allaient ses études et il répondait que tout allait bien. Elle s’en veut évidemment d’avoir été si naïve et de ne pas avoir surveillé davantage. Elle est fragile et souffrante et nous ne savons, hormis l’écouter, comment l’aider. Nous posons à tour de rôle une ou deux questions qui l’incitent à raconter à nouveau sa déception, et nous l’écoutons et nous acquiesçons. Je me fais un peu de souci pour les hommes qui attendent les plats et pour Denauzier dont c’est la première rencontre avec mes amis. Je propose au bout d’un moment que nous allions les rejoindre, avec les plats, et nous y allons. Mon amie en larmes n’a pas encore rencontré Denauzier. Je m’empresse donc de les présenter l’un à l’autre. Denauzier se lève, car il était assis à la table, et mon amie se dirige vers lui et ils se tendent la main.
– Enchanté, dit Denauzier avec un beau sourire. Comment allez-vous ?, ajoute-t-il.
– Très bien, répond Christelle, très bien, merci.
Je suis touchée par la sensibilité de mon amie. C’est une femme de cœur qui ne ment jamais. Elle ne ment pas, quand elle dit qu’elle va très bien, alors qu’elle pleurait quelques minutes auparavant, pas davantage qu’elle ne répond une banalité par pure politesse. Choisissant d’oublier ses tourments, elle s’ouvre à l’autre, en l’occurrence Denauzier, par amitié pour moi et pour nous tous qui partageons ce repas.
L’amour et l’amitié, autrement dit, auront été au menu, au sens propre comme au sens figuré, à la veille de cette interruption de quelque dix jours.
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