J’aime ma chaise. Je ne la remets pas une troisième fois en photo vedette, ça fait trop narcissique. J’en mets une autre, pas vraiment mon style, mais j’aime la couleur du fond gris auquel il ne manque qu’un beau motif africain. Tout le temps que je travaillais sur ma chaise et sur le fond de cerisiers en fleurs, en écoutant les chansons d’amour à la radio parce que c’était le week-end de la St-Valentin, je m’en voulais de ne pas être en mode éclatement, de ne pas m’exprimer par des gestes amples et non contrôlés. J’essayais de comprendre pourquoi est-ce que je m’installe moi-même, quand je peins, dans un mode réducteur, dans le souci du détail, dans le manque de vision. Dans le micro au lieu d’explorer le macro. Je me disais que la prochaine toile que j’allais entamer, et que j’ai d’ailleurs entamée, allait me permettre, enfin, de me lâcher lousse. Et bien non. Je suis encore dans le micro, je travaille cette fois avec des stylos à bille à pointe fine. C’est Emma qui les a achetés pour moi à la Librairie Laurentienne du collège St-Laurent (j’aime le nom). J’essaie de tracer des espèces de fermetures éclairs sur un fond d’acrylique recouvert de morceaux de serviettes de table polymérisés (c’est devenu ma spécialité). La pointe du stylo s’accroche tôt ou tard dans le papier, dans le polymère et dans les épaisseurs d’acrylique. Au final, ça ne va pas tellement bien. Après quelques secondes de barbouillage, je dois m’arrêter, essuyer la pointe avec un chiffon, recommencer. Avant de recommencer, je me demande comment je pourrais m’y prendre pour ne pas me lancer dans le détail, puis, ne pouvant résister, je me lance dans le détail et je retrace des lignes fines. J’aime ma chaise. J’aime le fond gris. J’aime le nom de la Librairie Laurentienne. J’aime les lignes fines. J’aime Denauzier.
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