Il faut dire que son cerveau est encore jeune et qu’elle a de meilleures chances que sa mère de se souvenir de différentes choses. Alors j’ai demandé à Emma, ce midi, si elle se rappelait avoir vu avec moi le film How Do You Know ?
– Ce n’est pas le film que nous avons écouté codé pour les sourds ?, m’a répondu Emma du tac au tac.
Elle était en train de remuer sa soupe. Conformément à notre nouvelle manière de procéder, nous nous rencontrons le midi au restaurant, ces derniers temps, pour être capables de nous voir un peu. Elle vient me rejoindre dans le quartier de l’université, ce midi nous avons mangé en Cracovie. On ne pourra pas faire la même chose la semaine prochaine parce qu’elle aura recommencé ses cours au cégep St-Laurent.
– Codé pour les sourds, ça m’étonnerait, ai-je répliqué, parce que tout était narré par une voix off : Il lance le ballon, Il traverse la rue, etc.
– Pour les aveugles !, a-t-elle corrigé.
– Emma, je n’en reviens pas que tu te rappelles de ça. Peux-tu me résumer l’histoire ? Je n’en ai plus la moindre idée.
– Moi non plus, ça ne me dit rien.
D’où il ressort que le film, en tant que tel, n’a pas eu un effet bœuf sur nos personnes !
Je suis sortie de notre rencontre de ce midi un peu tristounette parce que je sens la vie passer et bien entendu il est impossible de la rattraper. Je ne peux que me contenter de profiter de chaque moment, de mon mieux, sans entretenir la nostalgie du passé, du passé quand je pouvais plus facilement qu’aujourd’hui conseiller ma fille et l’aider à s’orienter. De toute façon, j’ai de la misère à m’orienter moi-même.
– Moi aussi, m’a répondu Emma, parce que j’étais en train de lui dire ça, à un moment donné au cours du repas, que je m’orientais difficilement, par rapport à je ne sais plus quoi.
J’entretiens aussi une petite nostalgie en pensant aux maintes fois où j’ai exprimé que je cherchais ma voie. C’est plus facile, en fin de compte, de chercher sa voie que de maintenir le cap dans une voie qu’on a finalement choisie. Tous les gens mariés, ou du moins en couple depuis longtemps, le savent. Chercher sa voie est un phénomène aérien, je plane au-dessus des possibilités et, légère comme une plume, je n’en retiens aucune. Maintenir sa voie est un phénomène terrien, j’avance vers des possibilités et je perçois à chaque pas le poids qui vient avec le choix de ma voie.
– Bof, me suis-je dit hier en me couchant et en flattant Mia. Je n’ai qu’à faire confiance et à me laisser porter.
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