Jour 1 490

Je peux facilement avoir honte de moi, pour une raison ou pour une autre. Je suis faite comme ça. Je suis une idéaliste et mes aspirations sont élevées. Pas mes aspirations professionnelles, plutôt mes aspirations personnelles. Ce n’est pas tant que j’ai honte de moi. J’ai honte de certaines choses que j’ai faites et que je juge ratées, maladroites, non abouties. Ainsi, j’ai un peu honte de mon texte qui s’inspire des réglettes, le no 1 493, parce que les blancs d’œuf, pour faire une métaphore, n’ont pas monté en neige comme je l’aurais espéré. Je n’aurai pas honte de moi si la chose que j’ai mal faite appartient à un domaine qui ne me tient pas à cœur. Si je devais changer une roue à ma voiture après une crevaison, admettons, –chose que je n’ai jamais faite de ma vie–, je ne serais pas catastrophée de ne pas réussir, ou de réussir approximativement. Cela étant, je serais enchantée si je réussissais. Quand je pense à des pans de mon passé, à certains de mes comportements qui ont blessé des gens, je n’ai pas honte tant que ça, curieusement, parce que je sais que j’étais bien peu maître de ma vie avant de devenir maman à 37 ans. Mais quand je pense à mes réglettes, je suis déçue de ne pas avoir réussi mon exercice de style, ou ma minute de virtuosité, si on peut appeler ça comme ça. Pourtant, tout se déroule à mon goût dans le texte, jusqu’à ce qu’on arrive au passage dans lequel j’associe le chiffre 13, et je cite, «à la belle couleur bleue du chiffre 9 des réglettes». Les deux derniers mots sont de trop, il aurait fallu que je termine ma phrase après le chiffre 9. Point. Une fois cette maladresse installée, on dirait que le texte en a profité pour se terminer cahin-caha, en coq-à-l’âne, avec en prime une imprécision exprimée par le pronom démonstratif Cela en début de phrase, alors que j’aurais pu utiliser les termes Cette synchronicité, Cette coïncidence. Avec Denauzier aussi, parce que je prends notre relation tellement à cœur, il m’arrive d’avoir honte d’une chose, même toute petite, d’une peccadille qu’il pourrait mal interpréter. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, cependant, avoir honte a du bon, dans mon système de valeurs, que ce soit par rapport aux réglettes ou par rapport à Denauzier. Avoir honte est le signe que je me vis avec passion.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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