J’ai rêvé que je devais me faire l’amie d’un ours noir. L’animal, sur la galerie, frottait la porte moustiquaire avec ses grosses griffes, sans rien arracher. Donc, nous étions en été. D’où j’étais dans la cuisine, je voyais ses pattes toucher délicatement la porte, il demandait à entrer, et quelqu’un s’apprêtait à lui ouvrir. Cela ne me tentait pas de me laisser flairer par l’animal pour qu’il fasse ma connaissance. J’en voulais vaguement à la personne qui avait ouvert la porte parce qu’elle m’obligeait à vivre une situation que j’aurais volontiers évitée. Pour m’en sortir à ma manière, je me cachais dans un garde-robe. J’en fermais les portes-accordéons lorsque quelqu’un faisait valoir que c’était une mauvaise idée. Je risquais de m’attirer des ennuis en me cachant, alors que je ne m’en attirerais pas en ne me cachant pas. Évaluant qu’il est effectivement préférable d’affronter que de fuir, je sortais de mon abri à contrecœur, pour aussitôt me rendre compte, l’ours étant arrivé à ma hauteur, que ce n’était pas si pire, finalement, laisser un ours me respirer les mollets. J’étais droite comme un piquet et je n’avais pas envie de le flatter, d’ailleurs je ne le flattais pas, mais je n’avais pas peur non plus.
La première analogie qui me vient, entre le rêve et la réalité, c’est que le week-end dernier, chez Denauzier, je me suis tenue à quatre pattes (comme l’ours) pour élaguer le contenu d’un garde-robe (la cachette). Ce qui me vient aussi à l’esprit, c’est l’expression Si c’était un ours, il te mangerait, expression que je me rappelle avoir dite à Denauzier il n’y a pas longtemps, nous étions dans la cuisine, justement, à proximité du garde-robe. L’autre lien que je fais entre rêve et réel, c’est le mouvement délicat des pattes de l’ours qui n’abîme pas la moustiquaire fragile, de la même manière que je trouve chez Denauzier une délicatesse de mouvement dans ses gestes et dans l’expression de ses mains. L’autre chose encore qui me vient, c’est que j’appelle mon frère Les grandes pattes d’ours, celui de mes deux frères qui a les mains grandes, quand Denauzier les a fortes.
Toujours est-il que pas tellement plus tard, ce même jour du ménage du garde-robe, nous étions dans la voiture et je ne tenais pas la main de Denauzier et je ne parlais pas non plus. J’étais en train de penser que j’avais placé telle boîte sur une table pas solide, dans le fond du garde-robe, et que j’avais placé à côté une autre boîte qui avait un léger rapport thématique avec la première, et que j’avais placé une troisième boîte, bleue, à côté de la deuxième parce qu’elle était à peu près du même bleu. Et déclinant ainsi les fantaisies enfantines qui avaient prévalu à mon rangement, et mesurant à quel point mes fantaisies enfantines sont éloignées de l’univers tellement viril de Denauzier, je me suis mise à pleurer.
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