Pour le dernier cours de photo, il faut soumettre un fichier JPG qui sera développé en format 15 X 18 po et qui doit s’accompagner d’un titre. Le thème est celui de la solitude ou de l’inutilité. Comme j’ai été trop occupée pour m’adonner à une séance de photo, ce week-end, je me suis tournée vers une photo que j’ai prise il y a quelque temps, de Denauzier, de très près. Je pense que la photo ne dévoile pas suffisamment ses traits pour qu’il soit possible de le reconnaître sur la rue, par exemple. Mon sujet photographique n’inspire absolument pas la solitude, d’abord parce que je sais que nous étions tous les deux, mais aussi parce qu’il me semble que Denauzier est habité ici par la concentration, or on n’est jamais seul quand on est concentré, on est avec l’idée qui habite notre esprit. Nous étions sur une butte à l’extrémité de sa terre, en plein soleil dans les couleurs de l’automne. On y voit Denauzier de profil, donc un œil seulement est visible, mais cet œil semble absorbé par quelque chose. J’ai donné pour titre, cela m’est venu très vite à l’esprit et pour une fois je n’ai pas tergiversé : Il observe le temps. Pas tant le temps qu’il fait que le temps qui passe.
Je n’ai aucune idée quant à savoir si la photo est bonne techniquement, ou intéressante thématiquement, ou bien cadrée, ou si elle respecte les règles de quelque chose. Je dois avouer que je m’en fiche pas mal. De la même manière, je n’ai aucune idée quant à savoir si mes œuvres à l’acrylique sont intéressantes sous un aspect quelconque. Ou encore, je n’ai aucune idée quant à savoir de quelle manière il faut s’habiller pour obtenir un résultat élégant et pas trop bouffon.
Ce matin, je suis revenue de la campagne en écoutant Michel Delpech, un CD que nous avons acheté il y a longtemps, Emma et moi. J’adore la chanson Quand j’étais chanteur. Pourtant, ce week-end, en faisant du ménage de tiroirs trop remplis, pleins de poussière, de papiers, de crayons, d’allumettes, de cossins, je suis passée à deux doigts de le mettre à la poubelle. L’avoir mis à la poubelle, je n’aurais pas eu le plaisir de l’écouter ce matin. Mais n’ayant pas eu l’occasion de l’écouter parce que je l’aurais eu jeté, il ne me serait jamais venu à l’idée que le CD eût pu me manquer. Si je devais vendre la maison de campagne demain, admettons, je pense que je la laisserais partir avec mes toiles et mes dessins aux murs.
– Tu demanderais au nouveau propriétaire de te redonner tes toiles, s’il advenait qu’il n’en veuille pas ?
– Même pas, ai-je répondu à Denauzier.
Nous sommes, ici, en pleine fiction, car je ne peux pas imaginer que Denauzier utilise un jour cette formule subjonctivale : s’il advenait qu’il n’en veuille pas.

si y’en voulait pas
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Pourquoi j’ai écrit ça?
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