Jour 1 531

Foulard non infecté sur visage - série Typologie

Foulard non infecté sur visage – série Typologie

Ce n’est pas drôle à dire, ou plutôt à écrire. Hier midi à l’Hôtel-Dieu pour me faire piquer le doigt, je me suis mise à avoir peur de contracter le virus Ebola parce qu’un monsieur me toussait dans le dos comme rarement j’ai entendu tousser. Est-ce qu’on tousse quand on a l’Ebola ? Il faut savoir que nous nous plaçons en ligne, comme de sages écoliers, pour attendre notre tour d’entrer dans le cabinet du cardiologue. Comme le tousseur était derrière moi, il me toussait dans le dos et j’avais peur de recevoir des particules infectées sur la nuque. J’ai pensé mettre mon foulard –celui auquel j’ai sauvé la vie– pour me protéger la nuque, mais ensuite j’ai changé d’avis, ne voulant pas manipuler un foulard qui s’avérerait infecté. Puis un vieux monsieur répondant au prénom d’Élias est venu me draguer. Il me parlait trop près du visage et j’ai eu peur, encore une fois, de recevoir des fluides infectés. Élias ne toussait pas, mais il postillonnait. La drague sans malice, mais drague quand même, d’un vieillard de 80 ans ne me tentait pas pantoute. Pour la première fois depuis que j’ai été opérée en juin 2013, j’ai eu hâte d’être en contact avec la froideur qui m’est maintenant habituelle des cardiologues, dans le simple but d’avoir la paix. Arrive mon tour d’entrer dans le cabinet –et d’être simultanément débarrassée de mon admirateur.
– J’ai le bonheur de terminer la tournée avec la plus jeune ?, me dit le cardiologue avec un beau sourire.
Déstabilisée par sa bonne humeur, je me suis tournée pour chercher la plus jeune, elle devait être dans la file derrière le tousseur, mais il n’y avait plus personne dans le corridor. J’étais la jeunesse dans le contexte particulier des vieillards qui prennent du Coumadin. Forte de ma jeunesse, bien que morte de soif, j’ai voulu boire à la fontaine en sortant du cabinet, mais la fontaine était bloquée par une personne en fauteuil roulant. Sachant qu’il y a une fontaine plus loin, je m’y suis rendue. Elle était elle aussi bloquée par une autre personne en fauteuil roulant. Alors je me suis dit que les atouts que procure la jeunesse allaient me permettre d’endurer mon sort jusqu’à l’université.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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