Voici le dessin que j’ai acheté hier de l’homme artiste qui m’a embrassée sur chaque joue dans l’autobus. Ouille, je n’ai plus l’habitude et sa barbe m’a piqué la peau !
– Je suis bien mal à l’aise de vous demander cela, m’a dit l’homme, nous étions dans l’autobus, mais auriez-vous encore un peu d’argent à me donner ? Ce n’est pas pour manger, en fait, que j’ai besoin d’argent, c’est pour payer ma chambre, je dois trouver 20$ d’ici la fin de la journée.
Alors je lui ai demandé de tenir mon dessin, j’ai refouillé dans mon porte-monnaie et je lui ai donné mes pièces de 2$ et de 1$, en précisant que je me départais des pièces qui m’auraient permis de m’acheter des cafés. La prochaine fois, j’essaierai de donner encore plus gratuitement, en me fermant la trappe ! Nous avons réussi à accumuler 20$, travail d’équipe. Il ne sait pas, notre ami Peter Shampoo, que son dessin fait la une de mon blogue international aujourd’hui, autre forme de travail d’équipe.
– Il m’arrive de me voir déambuler à la Place-des-Arts, m’a-t-il expliqué. De me voir déambuler dans ma tête, je veux dire. Je porte quinze ans de moins, je n’ai pas les cheveux aussi blancs, pas de lunettes non plus qui se sont imposées avec ma maladie, et je me demande, avec effroi, qu’est-ce que je fais là, qu’est-ce que je cherche, où est-ce que je dois aller. Parfois, je suis à la Gare centrale, parfois encore à Paris. Quand ça m’arrive, je dois m’arrêter, bien respirer, rester calme, et au bout d’un moment l’image se dissipe.
– Je suis heureuse de constater, lui ai-je dit avec enthousiasme, malgré que nous nagions en presque tragédie, que les traitements en maladie mentale semblent plus performants qu’avant. Que les médicaments semblent plus efficaces. Il y a une trentaine d’années, un de mes amis a sombré dans ce que l’on pensait être une dépression. Il a fallu des années, des hospitalisations à répétition, des essais de toutes sortes de médicaments avant qu’il reçoive un diagnostic de schizophrénie.
– Les médicaments me sauvent la vie, a-t-il répondu.
– Et les dessins, ai-je ajouté, en contemplant celui que je venais d’acheter.
