Voici mon cher ami édenté. Il a les sourcils de François. J’imagine le montage que j’aurais pu obtenir avec le visage de François, sa chevelure longue et fournie, son regard sévère qui lui servait à se protéger des attaques de la vie, grandes et petites. Ses grains de beauté. J’aurais eu envie de laisser s’exprimer, lui caressant la joue, une mèche de cheveux ou deux. Il n’aurait peut-être pas apprécié avoir l’air fou sous le foulard, mais je pense qu’il aurait accepté de participer. Et de sa voix profonde il m’aurait dit de me dépêcher. Mon ami édenté m’avait demandé de me dépêcher.
Mais j’ai commencé mes mosaïques après le décès de François. Mon tout premier sujet a été, dans la cuisine de tante Alice, à Joliette, mon tonton octogénaire, qui apparaît d’ailleurs au tout début de ma série puisqu’il est le protagoniste principal du montage Androgyne. Tante Alice, donc, était vivante. Mes retrouvailles avec maman n’étaient pas assez avancées pour que je lui demande de participer. Tiens, les deux sœurs sont sur le point de s’installer à la terrasse de Paris Paradis. Maman est enchantée, elle n’aurait pas imaginé une terre d’accueil, un ciel d’accueil, en fait, aussi recevant. Tante Alice est en pleine forme. Et c’est ma deuxième journée de vie avec un parent décédé.
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