Un autre constat s’impose quand on tient une exposition chez soi : il est préférable de ne pas avoir de chat qui vient se frotter aux mollets des visiteurs. Cela dérange énormément. Encore une autre chose à laquelle je n’avais pas pensé. C’est beaucoup plus facile de se laisser distraire par un chat qui ronronne que d’être attentif à mes litanies sur la présentation alphabétique, d’autant que chatonne nous suivait partout. En outre, il n’y a pas de lien thématique ou esthétique entre mes toiles, l’ordre alphabétique n’étant qu’une fantaisie littéraire. Autrement dit, une fois que le visiteur constate, et il suffit d’une seconde d’observation pour faire ce constat, que le titre de la toile associée à la lettre A commence par A, et la toile associée à la lettre B par B, et C par C, il n’y a plus grand-chose à dire pour garnir les litanies. Il y a à dire, c’est vrai, qu’une autre caractéristique s’ajoute à mes titres, ils finissent tous par le son é. Mais je n’ai pas voulu le dire, je demandais aux visiteurs d’essayer de trouver cette caractéristique. Une seule personne a trouvé.
– Ce titre-ci ne finit pas par é, me dit un ami visiteur, mais par er.
J’ai cru préférable de ne pas répondre.
Pour en revenir à la chatte, Comment s’appelle-t-elle ?, me demandaient les visiteurs d’entrée de jeu. Elle a un pelage qui ressemble à tes toiles. Oh ! elle n’est pas dégriffée. Va-t-elle dehors en hiver ? Regarde comme elle est belle ! Seigneur ! son regard me fait peur. Comment ça, elle se mord la queue ?, ont été au nombre des commentaires les plus populaires.
Comme si elle savait que l’on parlait d’elle, Mia se mettait à courir pour attirer encore plus l’attention, faisant virevolter les tapis. Le tapis, devrais-je dire, car il n’y en a qu’un dans la maison, à l’entrée. Bien entendu, un ami a failli tomber en trébuchant sur le maudit tapis devenu accordéon. Vous devinerez le reste : pour se retenir de tomber, il s’est appuyé de son bras tendu sur le mur le plus proche, à l’endroit précis où était suspendu Igor. L’oreille gauche d’Igor en a pris pour son rhume. La toile s’est étirée à cet endroit, presque déchirée, il a fallu que je la retende avant d’aller la porter à Nicoletta, mon acheteuse. La retendre a été d’une grande difficulté, j’étais seule alors que j’aurais eu besoin de quatre bras. À cela s’ajoute que depuis mon opération cardiaque, je ne peux exiger de gros efforts de mes bras, je sens aussitôt que ma cage thoracique veut se séparer là où elle a été sciée. Donc, pour ceux qui envisagent d’exposer chez eux, et nonobstant l’aspect de la chirurgie cardiaque : il est conseillé de ne pas avoir de chat, pas de tapis, de ne pas être célibataire quand arrive le moment éventuel de retendre la toile, ne pas oublier non plus le problème de la lumière déficiente le soir et le problème du manque d’espace, le jour comme le soir, dans les corridors étroits.
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