La lumière du jour s’infiltre à travers les persiennes. L’ombre qui se projette sur le mur, dans la pièce, dessine un pan de rayures. La femme qui se trouve là, entre la fenêtre et le mur, est couverte de zébrures. On dira qu’elle est une femme zèbre. D’ailleurs, elle se tient à quatre pattes.
C’est une femelle de belle race. Elle n’a pas, du pur-sang, le regard hagard de la consanguinité, ni la nervosité de l’étalon dont on ne sait jamais s’il faut craindre un danger. Elle n’a pas du doberman la gueule assassine, elle est femelle offerte et molle en train de saliver.
On l’a installée sur une sorte de bahut, large et profond, qui la surélève du sol d’un mètre environ. La surface du meuble est recouverte d’un molleton pour lui éviter des écorchures. Un homme se tient debout qui lui enfonce lentement un godemiché dans l’anus. La femme zèbre est bien entraînée à ce genre d’exercice. On dira qu’elle est domptée, on dira de l’homme qu’il est le dompteur. Elle ne bouge pas d’un centimètre pour capter chaque onde de jouissance sans en rien perdre. Ça fait ploc ! quand on retire le godemiché, et quand on l’enfonce à nouveau c’est un glissement dans l’onguent lubrifiant et dans le jus de son sexe que l’on entend.
Mon maître me précède. Il m’amène tout près de la femme zèbre. Je me tiens droite et je la regarde, pendant qu’il glisse la main sous mon corsage pour me pétrir les mamelles. La tête de la zébresse est inclinée vers le sol entre ses bras tendus. Sa chevelure est longue qui pend et lui caresse les doigts. Ils se terminent sur des ongles longs et en bonne santé, couverts d’un vernis rouge profond. On dira qu’elle est bien cornée. La femelle, ne l’oublions pas, est de la famille des ongulés. Mon maître se penche pour tâter ses mamelles à elle, qu’elle a belles. Le dompteur continue d’une main son va-et-vient dans l’anus, et entreprend de l’autre main une activité similaire avec sa verge.
Nous devons, femelles, nous conformer aux règles qui régissent les accouplements et qui, bien sûr, nous sont dictées par les dompteurs. Viennent ici des mâles qui exhibent leurs plus récentes captures, chairs fraîches encore vierges de blessures. Viennent encore ces mâles flanqués de leurs proies plus mûres, marquées de meurtrissures. Je suis de la catégorie proie mûre. Zébra, cette femelle enculée que je ne connais pas, fait partie de ma catégorie. Elle remue maintenant, mais à peine, une croupe pleine qui me fait mouiller. C’est avec elle que je vais m’accoupler lorsque les dompteurs en auront décidé.
Mais ils entendent d’abord se consacrer à l’activité de va-et-vient avec la verge. Il ne s’agit pas d’une masturbation ordinaire, mais de préliminaires qui commencent avec le glissement de la fermeture éclair. Les deux dompteurs sont debout, le sexe droit devant, le pantalon chiffonné en un tas à leurs pieds. D’un coup de dent, ils déchirent l’enveloppe qui contient une pellicule lubrifiante à la manière d’un condom. Ils ont l’air concentré de qui ne veut pas être dérangé pendant qu’ils la font glisser depuis le gland jusqu’au pubis. Il ne viendrait pas à l’idée des femelles, pendant l’opération, de faire un pas ou d’émettre un son. Nous nous tenons plantées là, Zébra sur ses quatre pattes, remplie à bloc afin de s’en trouver élargie, et moi qui suis à quelques pas, et donnerais je ne sais quoi pour être à la place de Zébra.
Il faut avoir l’habitude de ce genre d’équipement qu’utilisent les dompteurs. Car non seulement la pellicule s’applique-t-elle sur le sexe, mais sur les deux petites boules aussi, thymus de veau, testicules de taureau. Il est beau de voir les dompteurs les tripoter du bout des doigts pour les recouvrir comme il faut. La pellicule se termine sur des lanières qui se glissent entre les fesses et se nouent à la taille. Ils en sont d’ailleurs à l’étape des lanières entre les fesses. Ils se tiennent les jambes écartées et à moitié pliées. Quand il s’est trouvé la taille enlacée, le dompteur sodomiseur, trop excité, a laissé s’échapper quelques gouttes. Il s’est interrompu un instant pour respirer et se calmer.
Ils ne poursuivent pas plus avant l’activité de va-et-vient, finalement, la pellicule étant enduite d’une matière particulière qui leur fait beaucoup d’effet. Voilà les dompteurs regardant leur sexe frétiller comme il est normal que frétillent, les premières minutes, les sexes que l’on vient ainsi d’enrober.
On pourrait penser qu’équipés de la sorte, ils perdent de leur virilité. Il n’en est rien. On les dirait Romains à la taille ceinturée, aux sandales lacées sur des mollets bien galbés. Les dompteurs sont des vainqueurs. Ils ont encore, des Romains, les esclaves et les mouvements d’humeur. Ils vont laisser leur sexe gonfler et palpiter jusqu’à ce que, du gonflement au léger picotement à la sensation des mille aiguilles dans la verge, ils aient besoin de décharger dans un orifice femelle, n’importe lequel de n’importe laquelle.
Ils n’en peuvent plus quand ils déchargent enfin. La jouissance s’exprime d’ordinaire dans des oh ! et des ah ! et des tressautements de l’organe qui baigne dans sa semence. Quand ils ont tout déchargé, les dompteurs retirent l’équipement de latex pendouillant, font un petit nœud dedans, et le fourrent dans le sexe de la femelle qui le garde en elle. Les femelles sont rapaces. Elles se battent lorsqu’ils sont plusieurs mâles à décharger, c’est à celle qui aura accumulé le plus de trophées. Les mâles là-dedans sont gagnants. Ils repartent indemnes sans laisser de trace, si ce n’est à l’occasion une petite goutte dans le pantalon, tandis que les femelles, trop souvent, y perdent des plumes et des poils par grosses touffes.
Mais l’heure du déchargement n’est pas encore arrivée et on me fait signe, à l’instant, de me déshabiller. C’est à partir de ce moment-là qu’il y aura quelques paroles de prononcées qui proviendront des dompteurs. Les femelles, bien sûr, sont muettes. Je suis la femme girafe aux taches polygonales qui n’a pas de cordes vocales. Je fais passer la robe au-dessus de mon long cou en inclinant la tête. On me fait ensuite comprendre de me glisser sous la zébresse qui se tient toujours à quatre pattes. Il faut voir le jus lui coulant le long des cuisses. Le molleton en est imbibé par plaques qui me collent à la peau du dos et me font frissonner.
Je suis étendue sur le bahut ainsi qu’on me l’a indiqué. Nous voilà bêtes exhibées, chairs lascives qui attendons la copulation. Zébra n’a pas un regard pour moi. J’entrevois à travers sa crinière ses trayons anthracite qui contrastent avec mes petits boutons, en fait de mamelons. J’en suis là de ma réflexion quand la zébresse défaillante se laisse tomber sur moi de tout son poids.
– Pas de ça, disent les dompteurs. Zébra, relève-toi !
Elle se retrousse du devant et du derrière, et revient sur ses pattes. On ne saurait trouver mammifère mieux dompté. Elle bave de téter la girafe à même la bouche ou les mamelles et, cependant, arrive à se contrôler.
Mon maître s’approche et me dit ce qu’il attend de moi. Je suis la femelle utilisée, m’explique-t-il. Il ne veut pas me voir excitée, mais immobile, manipulée. Je suis la bête que l’on remplit, c’est Zébra qui va s’occuper de ça. La bête remplie est écrasée et dominée. Si elle bouge des bras et des jambes, si seulement elle remue la tête, c’est que les dompteurs l’auront demandé. La femelle asservie est objet à la disposition des joueurs. Se fait-il bien comprendre ?
Je fais signe que oui, je lui obéirai. Alors, pour encourager une telle docilité, mon maître me flatte le visage et la poitrine. Les girafes, on le sait, ont le pelage doux et chaud parce qu’elles vivent exposées au soleil des grandes steppes d’Afrique. Les zèbres, au contraire, on ne sait comment l’expliquer, ont tendance à se tenir dans les endroits ombragés à mastiquer les herbes séchées.
Le sodomiseur est allé chercher l’attirail pour enconner, qui se glisse dans l’entrecuisse et remonte sur les hanches du zèbre. On l’attache au moyen d’une ceinture de cuir dont les extrémités se rejoignent dans le dos sur une grosse boucle argentée qui fait un bruit métallisé. Les dompteurs, justement, resserrent la ceinture au dernier cran et disent à l’animal d’aller fourrager dans la girafe.
L’attirail en question dépasse les proportions normales. La zébresse donne l’impression d’hésiter ne sachant si ça va rentrer. Elle en est à fixer le vit érecté lorsque mon maître entreprend de tendre mes bras au-dessus de ma tête pour les attacher. Je suis la bête suppliciée, reste à m’embrocher. Zébra s’appuie alors sur ses pattes de devant et fait glisser celles de derrière. Elle s’y prend lentement pour me fendre les chairs. La girafe a le passage étroit. La zébresse, elle, a du talent. Elle s’enfonce un peu plus profondément à chaque mouvement. La laisser aller, on verrait sans tarder les pieds de l’embrochée se soulever sous l’effet des coups de reins bien placés.
Mais les dompteurs imposent des interruptions. Les premières durent quelques minutes pendant lesquelles les lèvres des sexes femelles se gonflent et se dégonflent. On mesure l’excitation des dompteurs à la longueur des temps d’arrêt : plus le pénis les travaille, plus ils ont besoin de se concentrer sur les femelles accouplées qui les font saliver. Ils disent alors à Zébra :
– Reprends-la.
Quand les picotements commencent à se faire sentir au bout du gland, les dompteurs, qui jusque-là se sont tenus debout les bras ballants, se dépensent dans le mouvement. Ils font quelques pas. Très vite cependant le mouvement les rend nerveux. Le frottement des cuisses, la pulsation du cœur qui se répercute dans le sexe comprimé par la pellicule, tout finit par se mélanger et les irriter.
Ils ont le sexe turgescent, maintenant, et ne pourront se retenir encore longtemps. Le sodomiseur replace mes jambes que je tenais trop écartées. Il en profite pour remuer le godemiché dans l’anus de ma zébresse qui, du coup, en a les yeux révulsés.
Au bout de quelques enfoncements, la verge de celluloïd se trouve entièrement absorbée. La girafe, gisante, ne peut être plus enconnée. Mon maître insiste néanmoins :
– Fouille, gratte, racle-lui le fond.
Ses paroles me rassurent, elles présagent que notre accouplement va se prolonger encore quelque temps. La girafe immolée ne peut plus bouger, sauf peut-être la bouche pour échanger les baisers.
La zébresse ne se fait pas prier et les dompteurs nous laissent nous lécher. Elle porte sur sa robe contrastée un rouge à lèvres framboise. Ma robe rousse commande une teinte orangée. Le partage des fruits est un véritable délice. Le lent mouvement des langues, l’écoulement chaud de la salive aux commissures des lèvres et la pression sur la bouche sont sur le point de nous faire succomber. Rien ne bouge plus dans la pièce que les bouches des femelles. Les pénis, il est vrai, continuent de palpiter en silence.
Sans rompre ce silence, d’ailleurs, on vient nous séparer pour nous pénétrer, Zébra dans l’anus comme l’exige la préparation qu’elle a reçue, moi dans le sexe comme le suggèrent mes jambes écartées et mes parois irritées. La jouissance de nos dompteurs dure plusieurs minutes de déchargement violent. Je tourne la tête en direction de ma zébresse se faisant enculer, toujours à quatre pattes, avec l’attirail qui lui pointe par-devant. Elle est infiniment belle, j’en ai l’envie de pleurer. Les girafes ont le cœur sensible tandis que les zébresses sont mues par une sorte de stoïcisme qui en fait des bêtes fatales.
Zébra, secouée sans ménagement, s’apprêtait à pousser un cri strident lorsque, fatiguée, j’ai posé là mon crayon. Voilà plusieurs heures que j’écrivais. Je me suis dirigée vers la chambre à coucher pour rejoindre mon compagnon, à moitié couvert sous le molleton. Je me suis collée contre lui, le nez dans ses cheveux drus qui sont étonnamment en bonne santé, comme ses ongles. Il y a eu une espèce de va-et-vient dans la pièce à côté, que je ne saurais expliquer puisque nous vivons seuls à la maison.
Nous habitons la partie sud du Kenya, le paradis des chasseurs qui parcourent nos belles steppes africaines. La région est malheureusement envahie de touristes qui poussent des oh ! et des ah ! dès qu’ils voient un couple de girafes s’embrasser en plein soleil. Les girafes ont le cœur chaud. Les zèbres, on ne sait comment l’expliquer, prennent un temps fou à mastiquer la même touffe d’herbes séchées dans les zones ombragées.
Je me suis endormie sur cette réflexion, la tête pleine d’images de brousse et de bêtes accouplées. Mon compagnon survenait, dans mon rêve, la main refermée sur un godemiché. De l’autre main, il tenait une sorte de pellicule pendouillante à la manière d’un condom. Il avait l’air concentré de qui ne veut pas être dérangé.
J’ai eu conscience de quelque mouvement. Zorba enfilait son pyjama qui traînait, chiffonné en un tas à ses pieds. C’est un vêtement de confection africaine qui s’enroule à la taille au moyen de lanières bigarrées. Pour ne pas me réveiller, il a quitté la pièce sur la pointe des pieds, laissant fermées les persiennes et la fenêtre. L’ombre qui se projetait sur le mur était un pan de zébrures.
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