Je n’ai à peu près pas dormi, tellement il faisait chaud cette nuit dans l’étuve de mon logement. Nicoletta est venue me chercher très tôt, 7h15, pour me conduire à l’hôpital. Quand elle est arrivée, ça faisait déjà plus d’une heure que la porte donnant accès à l’escalier intérieur pour monter chez moi était grande ouverte, en ultime tentative pour rafraîchir les lieux. Tous les chats du quartier auraient pu entrer, surtout le gros noir à poils longs que Bibi adore et que j’exècre. Comme j’étais absorbée par la lecture de La Presse, il aurait fallu qu’ils se frottent à mes mollets, auquel cas j’aurais hurlé, pour que je me rende compte de leur présence.
À cause des travaux sur l’avenue des Pins qui nous ont déstabilisées, nous nous sommes perdues ben raide, nous retrouvant aussi bas qu’au boulevard René-Lévesque. J’en ai profité pour admirer cette portion du centre-ville, que je n’avais pas admirée depuis un bon bout de temps.
Le Coumadin est encore trop bas, 2,0. Mais le médecin, optimiste, m’a expliqué que ma réaction au médicament se profile plus nettement qu’avant. D’après lui, dans deux semaines on devrait arriver à un dosage plus stable. Il m’a dit qu’il ne faut pas non plus que le Coumadin devienne trop haut, à cause des risques d’accident cérébrovasculaire.
– Ou encore votre cicatrice pourrait se mettre à saigner, a-t-il jugé bon d’ajouter.
J’ai failli vomir.
Nous étions quatre cas de remplacement de valve, trois aortiques et seulement moi de mitrale, dans la petite salle d’attente de la clinique des anticoagulants. Quatre convalescents à détester nous piquer la bedaine.
– Votre fille prend bien soin de vous, elle protège sa maman, me dit un des quatre cas, un homme, voyant que nous nous tenions la main, Emma et moi.
– C’est plutôt moi qui suis toujours après elle, dis-je à l’homme, mais ne vous en faites pas, elle en a l’habitude !
Parmi les quatre cas, il y avait Josèphe, j’étais contente de la voir. Elle a demandé à l’un des quatre cas, homme également, de nous prendre en photo, elle, Emma et moi. Je me trouve affreusement blême sur l’écran de l’appareil que me tend Josèphe, mais la beauté d’Emma et le plaisir de Josèphe me remontent le moral.
La clinique des anticoagulants, finalement, c’est un peu comme un bar d’habitués. On y arrive en se demandant qui est-ce qu’on va rencontrer et les conversations se nouent très facilement.
– Ça change la vie, n’est-ce pas ?, me dit un des quatre cas.
J’allais lui répondre, et peut-être développer sur le sujet, quand l’infirmier m’a appelée.
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