Nous étions à la campagne, à St-Alphonse, il faisait 31°C. Nous devions nous rendre à Montréal, où il faisait 38°C –nous allions le savoir une fois arrivés, mais comme il s’est passé trois ans depuis l’événement, et que je m’en rappelle, je peux donner cette précision dès le début du texte. Nous nous rendions, François et moi, recevoir le résultat de l’IRM pour la portion du cerveau. Nous avions reçu les résultats de l’IRM pour la portion du cou et tout était parfait, aucune trace de cancer. Pour le cerveau, ça regardait mal, François avait de la difficulté à articuler et la paupière de l’œil gauche ne s’ouvrait plus. En conduisant, je me disais qu’il était impossible que les médecins nous disent, posément ou moins posément :
– Le cancer s’est répandu au cerveau. Nous sommes désolés. Nous pouvons toujours tenter de… mais à ce stade…
C’est trop gros comme affirmation, cela expose le personnel médical à une surcharge émotive trop puissante de la part des patients. Or, les patients, il ne faut pas que ça niaise parce qu’il y en a beaucoup qui défilent dans les mini-salles de consultation.
Ce fut très facile, pour le personnel médical, de ne rien nous dire par rapport aux résultats, parce qu’ils étaient perdus quelque part entre l’hôpital St-Mary’s où avait eu lieu l’IRM et l’hôpital général juif où était suivi François. Trois ans plus tard, c’est-à-dire maintenant, les résultats sont peut-être encore consignés à la même place, en format électronique sur un disque dur ou en format imprimé dans une enveloppe, et personne ne sait qu’ils n’ont pas été consultés par les oncologues qui les avaient demandés.
Pour Josèphe, c’est un peu pareil. Elle ne sera pas opérée aujourd’hui mercredi. On lui propose de passer une IRM pour tout le corps, peut-être jeudi. Ensuite, elle s’en va chez elle attendre à nouveau un appel de l’Hôtel-Dieu, dans trois semaines, une fois que les résultats auront été interprétés et que l’équipe des cardiologues aura déterminé quelle est la meilleure manière de l’opérer. Je suis allée la visiter hier après le travail. Quand elle m’a vue arriver, elle a semblé se demander qui j’étais, puis, se rappelant qui j’étais, elle m’a embrassée en m’appelant Joanna. Sa valve aortique est calcifiée, et la partie supérieure de son cœur est nécrosée. Ça va mal pour ma nouvelle amie de seulement 61 ans. Pourtant, quand on lui parle, au repos, assises bien tranquilles, elle a l’air en pleine forme !
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