Jour 1 766

Le sentiment de fond, la blessure originelle, les lamentations reviennent au grand galop, à peine ai-je affirmé que je les envoyais promener. J’aurais dû les jeter par-dessus bord quand j’étais sur le traversier me menant à Sorel. Le tourment d’aujourd’hui est le suivant : qui va venir me visiter à l’Hôtel-Dieu pendant mes sept jours d’hospitalisation ? Personne parce que je suis rejetée de tous, telle est la réponse immédiate. Les membres de ma famille habitant Joliette et les environs, un petit tour à l’Hôtel-Dieu dans le trafic de la rue St-Urbain/des Pins ne les tentera pas fort. Papa est trop vieux et je vais m’arranger pour lui annoncer que j’ai été opérée quand j’aurai retrouvé un semblant d’autonomie, peut-être un mois après l’intervention. Tonton a assez goûté aux hôpitaux cette dernière année. Thrissa est en Ontario et déjà très affectée par le cancer d’une amie. J’aimerais tenir Emma un peu à l’écart pour ne pas trop l’éprouver, en espérant qu’elle aura terminé l’école quand l’hôpital va m’appeler. Yvon ne peut venir me voir car il a une peur bleue des hôpitaux, au point de s’évanouir s’il voit ne serait-ce qu’une seringue. Je ne suis proche d’aucun des membres de la famille de François ni de ses amis. La famille de Jacques-Yvan, on oublie ça. Mes collègues, tous plus jeunes parce que je suis la doyenne du groupe, ont leur petite famille avec enfants en bas âge dont ils s’occupent le soir, tandis qu’ils travaillent le jour. Certains amis me sont fidèles que je ne vois jamais. Hormis ma grappillette d’amis et de proches, les gens avec lesquels il m’est agréable d’échanger sont des gens que je ne connais pas intimement et que je ne côtoie pas. Je pense au professeur de FACE qui a eu des problèmes cardiaques l’an passé et avec lequel j’ai eu plaisir à converser mardi dernier. Il m’appelle « la maman d’Emmanuelle ». Je pense à mon notaire, il m’appelle Mme Longpré, avec lequel nous avons débattu de grammaire car il s’apprêtait à faire des fautes dans mon testament, au prix que je l’ai payé. À la fin de notre rencontre, il m’appelait Lynda. Je pense à mon dentiste avec lequel j’ai eu une conversation, je l’ai déjà écrit, qui a changé ma vie. Je connais des gens qui auraient de la visite en file et en permanence pendant sept jours. Ce ne sera pas mon cas.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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1 Response to Jour 1 766

  1. …. ah là là!… Madame Longpré…

    Bon, ok. Moi je viendrai. De toute façon je suis maintenant un habitué des hôpitaux. Tout récemment, c’était pour un ami qui se battait contre la leucémie. Il y est encore présentement (au « Jewish »). Il a une jeune épouse aux études (doctorat) et un enfant de 7 mois très beau et très joyeux. Mais c’est pas pertinent.

    Je n’ai pas peur des hôpitaux. Je ne les aime pas, mais ils ne m’intimident pas. En fait, je suis toujours étonné que les visiteurs puissent y entrer aussi facilement. Si ce n’était pas le cas, ce serait une toute autre affaire. Alors si tu me dis où et quand (à peu près) aller te voir, je viendrai. On s’inventera des jeux de mots (peut-être), pour faire les fous et passer le temps.

    Tu pourras prendre un couteau et gosser des marques sur le morceau de bois le plus près de ton lit à chaque fois que tu auras une visite; ou bien fais un gros X au mur, au crayon feutre, derrière ta tête de lit. Ou on les fera nous-mêmes en arrivant. Comme ça tu auras un décompte précis.

    Tu me fais penser qu’il faudrait bien que je vois ma notaire moi aussi, pour mon testament. Il n’est plus à jour du tout! Au cas où tu me transmettrais la bactérie C-difficile :O)

    Jacques x

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