Emma, en séjour dans la Vieille Capitale, marche sur la terrasse Dufferin avec papa et belle-maman. Il vente toujours pas mal en hauteur le long du fleuve, mais Emma est bien habillée. Comme je suis mère poule et que j’ai le défaut, me dit-elle, et d’autres à sa suite, de poser des tas de questions, je lui ai demandé, au cours du récit qu’elle m’a fait de son périple, si elle avait profité de sa promenade sans grelotter.
– J’ai eu presque trop chaud, maman, me répond-elle pour avoir la paix et poursuivre là où elle veut en venir, c’est-à-dire à ceci :
– Juste à l’endroit où nous nous sommes arrêtés le long du garde-fou pour observer le paysage, il y avait d’écrit, maman, directement en face de moi sur la grosse poutre de bois, écrit et fraîchement entaillé, ça se voyait à la couleur du bois, Clovis et Lynda. Ça se peut pas ! Clovis, c’est un prénom rare, et Lynda portait le y. Alors d’après moi, maman, tu es allée avec Clovis à Québec récemment et tu ne m’en as rien dit !
– Wow, c’est un bel hasard, tout une coïncidence !, dis-je, en constatant qu’Emma hésite encore un peu à me croire.
Nous sommes en train de faire quatre choses en même temps : manger à la table de la cuisine, jouer au Chromino, feuilleter le cartable du répertoire qu’Emma va chanter en fin d’année, c’est elle qui feuillette et moi je l’écoute me fredonner les airs, et enfin elle me fait le récit de son voyage et j’écoute aussi non sans poser des questions.
– Et toi, ton week-end, maman, c’était bien ?
– Oui, c’était très bien, si tu veux savoir ce qui s’est passé tu peux aller lire mon blogue.
Je ne réponds pas ça pour me débarrasser, mais parce que je trouve que lire mes textes est beaucoup plus agréable que m’entendre raconter. Mais quand même j’élabore un peu :
– Je suis allée voir papa. Il est tellement vieux maintenant ! Il voit de moins en moins bien. Son Parkinson est contrôlé par les médicaments mais il ressent des douleurs aux articulations. Il dit qu’il appelle régulièrement Swiff pour savoir quel jour on est !
Je m’arrête là, pensive.
– Il appelle aux États-Unis juste pour ça ?, demande Emma.
– Bien, pour lui c’est important, et ça lui donne l’occasion de faire un coucou à Swiff. Ils ne doivent pas parler tellement plus d’une minute ou deux.
– Oui, mais pas longtemps après avoir appelé, songe Emma qui n’est pas folle, il ne doit déjà plus se rappeler quel jour on est !
– Ah ! ça !, papa s’est trouvé une stratégie. Il utilise son pilulier. Si Swiff lui dit qu’on est mardi, admettons, papa ouvre et laisse ouvert le compartiment Mardi de son pilulier, et le tour est joué.
– Ça c’est bien mon petit grand-papinouchet !, s’exclame Emma.
– Un jour ce ne sera pas papa qui vivra ces problèmes de vieillissement, il sera mort et enterré, mais moi, puis toi, si on a la chance de vivre vieilles…
– Et ?, demande Emma.
– Rien. Malgré tout, malgré qu’on devienne tout raide et tout plissé, j’aimerais vivre vieille… C’est à toi chouchounette, mon espèce de chouchounette pas raide et pas plissée, ai-je ajouté dans un élan un peu trop marqué, pour me changer les idées et m’empêcher de pleurer.
Il n’y a aucune raison de pleurer, je sais.
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Badouziennes
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Qui est Badouz ?
Une autrice illustrement inconnue !
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Tu as besoin de l’été.
Moi, je préfère t’entendre me raconter des choses que de les lire, même si tu écris merveilleusement bien. C’est que ta voix est très belle aussi. Très douce. C’est un plaisir de plus, qui s’ajoute au sens des mots. C’est comme la différence entre lire une partition de Chopin, et l’entendre.
Mais… comme on ne peut pas se voir très souvent, ton écriture m’est aussi très précieuse. On compte sur elle.
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a va nous faire du bien, un petit repos pascal de quatre jours, parce que pour l’t, c’est encore un peu loin, quoique le temps passe tellement vite …
Le 26 mars 2013 18:05, Les productions Badouz
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