Aujourd’hui j’ai fait une bourde. J’ai téléphoné à l’école FACE, j’ai demandé de parler à ma fille qui était en classe.
– Cela veut dire madame que je dois l’appeler par l’intercom pour lui demander de descendre du 5e étage venir vous téléphoner au rez-de-chaussée.
La dame veut être bien certaine que je me rends compte à quel point elle va déranger les étudiants et qu’il doit s’agir de ma part d’une demande exceptionnelle en raison de circonstances exceptionnelles, de type accident grave ou même décès.
– C’est parfait que vous l’appeliez par intercom, elle a mes coordonnées pour me joindre au bureau, dis-je, enchantée d’apprendre que le message ne sera pas transmis sur un bout de papier susceptible de traîner quelque part, et qui ne se rendra jamais à sa destinataire.
Emma m’appelle cinq minutes plus tard, inquiète qu’un accident, ou un décès, ne soit arrivé.
– Emma, je voulais te dire que si tu es acceptée au Conservatoire, il faut voir ça comme une occasion unique.
– Et ?, ajoute-t-elle.
– Ce serait fou de ne pas essayer, de ne pas aller vérifier ce que tu peux en retirer.
– Tu ne m’appelles pas pour me dire ça, maman ?
– Euh… oui. Parce que ça peut être mal interprété, il me semble, de répondre, comme tu m’as dit hier que tu allais répondre, advenant un résultat positif, évidemment : Je vais y penser.
– Maman, je ne suis pas en train de jouer ma vie.
– Je sais. Mais je ne te verrai pas avant la semaine prochaine et tu m’as dit recevoir la réponse aujourd’hui, alors je me suis permis de t’appeler (pour la première fois en onze ans –note de l’auteure–, ce qui est doublement positif : je n’ai pas dérangé le déroulement des classes trop souvent et il n’y a pas eu de décès ou d’accident).
– De toute façon, on m’a dit que si je réussis l’audition, je suis admissible, mais pas forcément admise, parce que ce n’est pas certain qu’il y a de la place.
– Ah bon ? Je ne savais pas ce bout-là, Emma, excuse-moi.
J’ai raccroché pas mal piteuse. Chère Lynda. Je planais sur un nuage duveteux. Je voyais ma fille admise au Conservatoire et y trouver sa niche. Je me voyais pour ma part revivre mon adolescence à travers ma fille admise au Conservatoire et y trouvant sa niche, pour redonner du lustre à la Lynda admise au Conservatoire il y a exactement 37 ans mais n’y trouvant rien et se cachant derrière les murs et les corridors.
Je me voyais (re)vivre et m’affirmer enfin. Tout s’éclairait d’un seul coup, tout disparaissait des nombreux nuages qui ont surplombé le ciel gris noir de mon adolescence. Je revivais à ma mi-cinquantaine les belles années qui mènent à la vingtaine. J’entamais mes premiers pas dans ma voie, lumineuses et aériennes (ma voie et moi), quelques oiseaux m’accompagnant de leur piaillement joyeux.
Bof. Le double DEC sciences et musique au Cégep St-Laurent sera certainement un meilleur choix. En tout cas je ne pourrai rien transposer, je n’ai jamais mis les pieds dans un cégep pour y étudier.
-
Badouziennes
Textes antérieurs
Qui est Badouz ?
Une autrice illustrement inconnue !
Catégories