Jour 1 814

Hum. Je marche sur le trottoir, de retour du travail, en direction de ma voiture sur la Côte-Ste-Catherine. J’essaie de mettre le doigt sur le sentiment qui m’habite et qui n’est pas agréable. Je transporte une inquiétude. Laquelle ? Je les énumère dans ma tête et aucune ne me semble avoir assez de consistance pour être retenue. 1) Nous avons trop de travail à cause des systèmes informationnels qui me font sortir de ma zone de confort. Je ne peux pas me contenter de répéter des gestes familiers, je dois apprendre de nouvelles affaires qui ne m’intéressent pas. 2) Dans la définition des nouvelles manières de faire, on ne m’écoute pas, on ne m’entend pas, les collègues sont convaincus de penser de la bonne façon. Bof. Rien de nouveau là-dedans. 3) Je travaille sur un asticot, ou sur une chenille, qui se lit à l’horizontale sur une toile d’assez grand format. Je ne suis pas satisfaite du résultat. Je trace des lignes fines, sages et trop bien organisées. Je voudrais produire des masses harmonieuses et lumineuses, mais je n’y arrive pas. Je suis prisonnière de mon art animalier primitiviste. 4) Je suis à la recherche d’un fiscaliste qui m’expliquera si je peux oui ou non acheter la maison. Il faut le trouver, le payer, être capable de bien lui expliquer ma situation, ramasser les papiers nécessaires. 5) Je vais bientôt passer l’examen de la caméra qui se promène dans l’œsophage pour prendre des photos de mon cœur. Ça ne doit pas être bien rigolo, mais avec une drogue car on nous en donne une, ça devrait bien se passer. 6) Yasmine est née de mon imagination, je le jure sur la tête de ma fille, mais ma fille, justement, l’aurait rencontrée avant même que je l’invente, c’est ce qu’elle m’a dit hier pendant que nous écoutions à la télévision So you think you can dance. 7) Ma tantine m’a écrit par courriel que trois voitures, en l’espace de seulement deux heures, se sont arrêtées à la maison à des moments différents. Je veux dire à ma maison, à la campagne. Trois hommes en sont sortis, ont frappé à la seule porte dont l’entrée est déblayée, sont restés chacun un dix minutes à l’intérieur. J’ai demandé à tantine d’essayer d’en savoir plus ce soir, car il continue d’être question que Yasmine se joigne à eux pour souper. J’anticipe peut-être de mauvaises nouvelles de ce côté-là, mais en même temps, il me semble que si Yasmine s’adonne au trafic de la drogue, ça ne me dérange pas tellement. Si c’est elle qui consomme, par exemple, ça me tue. 8) – Tu sembles oublier tes vieux voisins, m’a rétorqué tantine qui lit dans mes pensées : si on commence à voir circuler des membres liés de près ou de loin aux Hell’s Angels, ton oncle et moi on ne dormira plus ! 9) Emma a mal aux bras depuis hier. J’ai déjà tout interprété ça à ma manière : je me dis qu’elle est trop tendue quand elle tient ses bras dans les airs à tenir sa flûte, c’est le signe avant-coureur qu’elle n’est pas destinée à étudier la musique au niveau collégial, et qu’elle va s’orienter vers le programme que je privilégie, Sciences, lettres et arts au collège Brébeuf. 10) Trop de gens ont le cancer, ce n’est pas normal. 11) De façon générale, je n’ai pas assez d’argent pour subvenir à l’ensemble de mes obligations, mais je tiens le coup depuis un bon bout de temps sans m’endetter. 12) Tantine aimerait que j’introduise Nellie dans ma série alphabétique. Ça veut dire que Nellie viendrait remplacer mon amie déjà en place dans le récit, à savoir Nicoletta, or j’avais déjà prévu Quinine comme nom attribué à un animal, qui aurait été une petite chienne blanche, alors que Nellie est grosse et tachetée. 13) Je suis rendue à mon chiffre préféré. Je m’arrête ici, bien que n’ayant pas trouvé ce qui me taraude.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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2 Responses to Jour 1 814

  1. Nellie ne pourrait pas être le surnom de Nicoletta? Nico ça marche pas; c’est trop masculin, ça va avec Nicolas.

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