Jour 1 818

Mes affaires vont trop bien, alors je n’ai pas envie d’écrire, je ne ressens aucune tension qui demanderait un exécutoire écrit. Je ne cherche rien non plus. Ma voie est sous mes pas et je marche dessus, no sweat. Je me laisse porter. D’abord, Clovis occupe une place de choix dans ma vie. Il n’a pas fait brûler de poulet récemment, comme ce fut le cas à Paris. Il est très occupé à travailler, mais la nouveauté c’est que voilà deux jours qu’il part travailler de chez moi et qu’il revient aussi le soir. Il me retrouve en train de tracer au pinceau un asticot géant sur une toile d’assez grand format. J’ai abandonné mes essais de peinture abstraite, je me suis tournée vers l’animalier. Je le retrouve avec son bonnet noir, sa veste couverte de poussière de plâtre et ses pantalons blancs de peintre. Cet homme au corps longiligne me plaît beaucoup. Il arrive accompagné de sa boîte à lunch en plastique rigide, qui contient toutes sortes de cossins et pas de nourriture. Emmanuelle également va très bien, je pense l’avoir exprimé suffisamment, ne serait-ce qu’hier. Le dossier de la séparation des duplex, entamé il y a des siècles, va moins bien. Aux dires de mon comptable, il me faudrait plusieurs milliers de dollars en liquidité pour pouvoir non seulement acheter ma part, mais surtout payer l’impôt. Je peux donc dire que ce dossier constitue un défi générateur de tension, mais en même temps, j’ai reçu comme un cadeau du ciel, encore une fois, la longue conversation que j’ai eue avec le comptable, hier après le travail. Je suis donc revenue à la maison enchantée d’avoir accès à un comptable si humain et si attentionné, et cela m’en a fait oublier le cœur du projet, la raison même de notre conversation, à savoir l’achat peut-être utopique de ma part des duplex. Au travail, nous avons atteint l’étape de la double saisie des données. J’entre les infos dans le système actuel qui s’en va vers sa belle mort, et j’entre les mêmes infos dans le prochain système en attendant son déploiement en avril. C’est hyper facile de me tromper et de n’entrer les infos que dans le système nouveau, et il n’y a personne pour contre-vérifier mon travail car je suis une ressource unique à l’université grandissime. Si j’étais plus jeune et si je ne souffrais pas du prolapsus mitral de niveau trois, je ne pourrais trouver période plus appropriée, plus zen, plus sereine, pour entamer le projet merveilleux de la conception d’un bébé.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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