Jour 1 828

Debby Bliss. C’est le nom de ma revue de tricot.
Niveau 3. C’est le niveau de gravité de mon prolapsus mitral. Confirmé hier par le cardiologue.
– Ça veut dire, madame, que la valve coule pas mal. On n’attendra pas dix ans avant de vous opérer.
Je réalise qu’à partir du moment où j’aurai acheté les comprimés qui m’ont été prescrits hier, que je vais commander ce soir au Pharmaprix, et que je commencerai à prendre demain –je me ménage un jour de vacances–, je devrai consommer des médicaments à vie. La sorte prescrite hier si on ne m’opère pas, et une autre sorte, Coumadin, si on m’opère. Quand on prend du Coumadin, il ne faut pas consommer de vitamine K, présente dans les légumes verts. Et ma vieille tante Alice, qui en prenait, était souvent couverte de bleus, une mini pression sur sa peau générait des ecchymoses. Seigneur ! Ça fesse, quand même. Des médicaments pour le cœur à 53 ans. Bien sûr je prends déjà des médicaments, mes antidépresseurs, mais j’ai tendance à penser que je pourrais vivre sans puisque je l’ai fait pendant quarante ans. Bien sûr il y a les réfugiés syriens, les guerres civiles, les génocides et les cancéreux au stade palliatif, mais quand même. Je suis sortie du cabinet du cardiologue en ne sachant plus très bien comment je m’appelle. Quand j’ai tendu le feuillet à la réceptionniste pour obtenir un autre rendez-vous, avant de quitter l’hôpital, ma main tremblait.
– Est-ce que les médicaments ou l’opération vont m’aider à me sentir moins fatiguée ?, ai-je demandé au cardiologue.
– Pas vraiment.
– Vous savez, docteur, il m’arrive de ne même pas avoir la force de parler.
– Ça, madame, c’est autre chose, ça veut dire que vous êtes au bout du rouleau.
Bof. Je verrai en temps et lieu. En temps parce que je dois passer une échocardiographie transœsophagienne en mars qui va révéler s’il faut opérer. J’aurai la réponse en avril, quand je verrai à nouveau le cardiologue. Le lieu : Hôtel-Dieu.
Si on m’opère, je porterai un anneau métallique à la place de la valve mitrale. Le médecin m’a expliqué que si la personne est âgée, on lui installe un anneau de tissu, qui coûte moins cher. Si la personne est jeune (petit velours dans les circonstances, je fais partie de la catégorie jeune), on utilise un anneau de métal pour ne pas avoir à réopérer dans disons quinze ans. J’aurais préféré qu’il dise dans trente ans.
Toujours est-il que dans ma voiture superSonique, de retour au bureau, j’ai compris quelque chose que j’essaie de comprendre depuis toujours : si je suis si différente des autres membres de ma famille, ce n’est pas parce que je suis l’artiste, la rebelle, la ci, la ça, c’est tout simplement parce que j’ai besoin de porter un anneau métallique au cœur.
– Tu vas devoir déclarer que tu portes du métal aux douanes, m’a dit ma sœur.
Très juste. Autre élément qui me distingue des membres de ma famille.
Du coup, si on m’annonce qu’il est préférable de ne pas opérer avant X temps, pour une raison ou pour une autre, je vais être déçue !

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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1 Response to Jour 1 828

  1. Au moins, tu sais pourquoi tu es fatiguée. Moi, tout ce que je sais, c’est que je suis née comme ça. C’est ma mère qui me l’a dit.

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