L’amour est-il au cœur du destin d’un individu ? Certainement. Pour la beauté (jour 1 834), c’est plus difficile à évaluer, mais pour l’amour on peut répondre oui sans se tromper. La relation entre la beauté et l’amour pourrait elle aussi faire l’objet de dissertations intéressantes.
Wilma (belle) et Simone (laide) ont les yeux bleus, du même bleu. À force d’écrire et d’observer, observer étant nécessaire pour avoir quelque chose à écrire, Lyncha a eu tôt fait de remarquer que les deux femmes ont les yeux de la même couleur. Quand Wilma a tendu le papier plié à Lyncha, de sa belle main gantée, Lyncha a noté aussi qu’il y avait quelque chose de similaire dans la manière d’avancer le bras de Wilma et la manière de Simone. Cela n’a pas été écrit dans un texte précédent, mais lors de la captivité de Lyncha chez Simone, celle-ci a voulu faire connaître son mouvement ésotérique prospectus à l’appui. Lyncha ne l’a même pas regardé, il était couvert de taches d’huile, imprimé en noir et blanc sur du papier de mauvaise qualité. À la première poubelle, une fois dehors, elle s’en est débarrassé. Mais la main gantée de Wilma se tendant vers Lyncha a bougé de la même manière que la main tremblante aux ongles sales de Simone tendant le prospectus. Yeux de la même couleur, gestes proche parents, Lyncha commence à faire des rapprochements.
– Elles sont sœurs, conclut-elle.
Cette certitude s’est imprimée dans son cerveau comme elle marchait en direction de la gare St-Lazare, un midi qu’elle était seule, soit le lendemain de la visite du tas de ferraille au Trocadéro.
– Je m’en vais photographier deux tas de ferraille, avait-elle dit à Clovis, en faisant référence aux deux œuvres monumentales du sculpteur Arman, située l’une cour de Rome et l’autre cour du Havre. On se revoit ce soir ?, avait-elle proposé.
– En plein ça !, avait répondu Clovis qui n’était pas de bonne humeur ce matin-là. Si je suis là !, avait-il ajouté mais Lyncha était déjà partie.
– Ce serait le ciel qui m’envoie les deux sœurs ?, se demande-t-elle en approchant de la gare. Ou Clovis qui s’est arrangé pour me faire surveiller ?
Complètement absorbée par ses pensées, Lyncha traverse la gare sur plus de sa moitié avant de se rappeler ce qu’elle venait y faire. Elle photographie distraitement les valises côté Rome et les horloges côté Havre et se rend dans un café pour réfléchir tranquille.
– Clovis aurait pu venir avec moi, finalement, se dit-elle en buvant un chocolat chaud. Je n’ai pris que cinq minutes pour photographier. Et il pourrait me donner son avis : se pourrait-il que Wilma ait été conçue un soir que tout allait normalement entre les parents, et Simone un soir qu’ils s’étaient querellés ?
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