Jour 1 850

La première pensée qui s’est manifestée à mon esprit ce matin quand je me suis réveillée a été que je devais reprendre l’activité blogue tous les jours de la semaine. J’en ai presque frémi de peur et de découragement. Je m’y mets maintenant, en ce lundi midi, et je constate en ouvrant l’application WordPress que la moyenne de fréquentation de mon site pendant mes deux semaines d’absence a été de trois lecteurs par jour. Cela me rassure. Je n’ai pas à porter sur mes épaules, en plus du poids de la montagne des textes à écrire, le poids d’une pression qui proviendrait d’une vive attente de ma dizaine de lecteurs en manque. Pas folle, j’ai prévu ce matin à la maison me munir de quelques adjuvants : des amandes de fraîcheur moyenne achetées hier à Joliette et dont le pays d’origine n’apparaît pas sur l’emballage, des dattes d’Iran qui sont nettement moins savoureuses que celles mangées à Paris, six oranges de la Floride qui sont dans mon broyeur depuis déjà une heure. Du thé.
Nous étions logés au 2 rue Le Chatelier, métro Pereire, une petite rue tranquille derrière la Place du Maréchal Juin, dans le XVIIe arrondissement. Tellement petite, la rue, qu’elle n’apparaît pas sur le plan agrandi du quartier, de sorte que nous avons fait une fois le tour de la Place, puis deux fois, puis une troisième fois dans le sens inverse des deux premières fois, sans plus de succès. Alors nous avons demandé aux passants, plus précisément à une dame de mon âge.
– C’est juste là, s’est-elle exclamée, avec l’entrain caractéristique des Parisiens. Juste là, voyez, vous prenez légèrement à droite et vous y êtes !
Comme la vie est mal faite par moments, Clovis, qui n’a pas peur de l’avion, n’a pas dormi pendant le vol. Moi, qui craignais avoir peur mais qui n’ai pas eu peur pantoute, ni à l’aller ni au retour, j’ai bien dormi pendant le vol pour arriver à Paris presque en forme. Sitôt la porte refermée de notre petit appartement et notre hôte retourné chez lui après nous avoir donné les consignes d’usage, Clovis s’est effondré sur le matelas –on ne peut pas vraiment dire que nous disposions d’un lit. J’en ai profité pour aller explorer le quartier.
Comme la vie est mal faite, je l’ai écrit tantôt, Clovis s’est rappelé, à peine venais-je de quitter, que je ne connaissais pas le code alphanumérique sans lequel il est impossible d’entrer dans l’édifice. Or, ne vous inquiétez pas, je le connaissais car Clovis l’a prononcé tout haut quand il lui a fallu le taper sur le clavier à l’entrée. Donc, Clovis s’est empressé de me courir après, dévalant les escaliers de 105 marches, nous les avons comptées par la suite, regardant dehors sur le trottoir à gauche, à droite, la main appuyée à l’endroit de la crampe qui lui traversait le thorax (la boulangère m’a donné cette précision quelques jours plus tard) à la recherche de son souffle. Pas de Lynda.
Lynda sentait qu’en allant vers la gauche, à partir de la Place du Maréchal, elle atteindrait un endroit intéressant. Comme elle n’a pas le sens de l’orientation, elle s’est dit :
– Ce que je pense être à gauche doit être à droite, alors va pour la droite.
Est-ce affaire de droite ou de gauche ? La Place de l’Étoile-Charles de Gaule s’est profilée sous ses yeux au terme d’une petite marche de quinze minutes seulement.
Ah ! les klaxons ! Les voitures conduites nerveusement. La FNAC de cinq étages à l’angle des boulevards Viel et des Ternes. Les terrasses, les talons des Parisiennes sur les trottoirs pendant que je suis restreinte aux baskettes à cause de mes métacarpes douloureux. Ah ! Paris ! Les huîtres sur les étals de glace, les espressos bien serrés pendant que je suis restreinte au thé depuis mon dernier mal de ventre insupportable. Ah ! les chiens en laisse et sans laisse. Les hommes qui, presque tous, nouent leur foulard de la même manière. Les motos en veux-tu en v’là, les devantures des pâtisseries qui nous étourdissent de couleurs. Je marchais lentement, en extase devant tant de beauté, pendant que Clovis, vie mal faite, je sais, c’est la troisième fois, se faisait du sang d’encre et me surveillait depuis la fenêtre. Depuis l’une des trois fenêtres, en fait, car notre appartement, bien éclairé, était généreusement fenestré.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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2 Responses to Jour 1 850

  1. Avatar de claude dano claude dano dit :

    Pas Viel mon Chrie! Niel. Boulevard Niel Honey! XXXXX

    Date: Mon, 7 Jan 2013 17:59:01 +0000 To: klodano@hotmail.com

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  2. Avatar de Badouz Badouz dit :

    How can you read me, honey, without a computer ? Did you buy one ?

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