Jour 1 860

C’est facile de critiquer les progiciels de gestion intégrée, en particulier leur caractère multiethnique du fait qu’une partie de la programmation provient du Pakistan. De mon côté, je ne fais pas mieux. J’installe Yuri au North Dakota avec un Don sorti de nulle part que je ne connais pas. Je vais être obligée de le faire revenir au Québec s’il veut créer une famille avec Yasmine et la future Karénine. Mais en même temps, Yuri est un accident. Je ne voulais pas introduire de personnage masculin dans mon exercice alphabétique. Je l’ai laissé entrer dans l’histoire, nous transporter de l’autre côté de la frontière américaine, sous le vague prétexte qu’il voulait se changer les idées, prendre l’air, ayant décidé une fois pour toutes de quitter Yasmine. N’avoir pas reçu la belle photo du carrefour accompagnée d’une citation d’Éric-Emmanuel Schmitt, Yuri ne serait pas né. Nous l’avons aperçu la dernière fois somnolant dans un pickup, tout mou le temps de cuver sa bière, la coiffure défaite parce que sa tête a heurté plusieurs fois la partie supérieure de l’habitacle. Dans presque la même phrase, à peine venait-il de naître en tant que célibataire délesté de Yasmine, qu’il devenait le futur père d’une potentielle Karénine déjà se développant dans l’utérus de Yasmine, future enfant dont on ne sait pas si elle a des frères et sœurs.
Ça manque de structure, de rigueur, ça va dans tous les sens ou encore ça n’a pas de sens. Je pourrais demander à Michel Tremblay de m’enseigner à respecter le plan et les sous-plans de mon récit, mais c’est justement ça le problème, je n’ai pas de plan. Je me laisse porter et il en résulte que je suis constamment déportée.
Pourquoi faire simple avec les informaticiens de l’université, auxquels on peut téléphoner sans défrayer de coûts d’interurbain, quand on peut se payer le luxe de parler à d’autres informaticiens qui appartiennent à d’autres fuseaux horaires. Pourquoi faire simple avec des personnages qui pourraient se confiner au territoire du Québec, quand il est possible de les installer n’importe où sur la planète.
Je suis à dix jours d’une interruption d’écriture pendant les vacances de Noël. Je comptais utiliser les dix textes à venir pour faire le point sur les personnages auxquels j’ai donné vie jusqu’à maintenant. Or cet exercice me semble vain si je poursuis dans la même veine improvisée, non organisée, au retour en janvier 2013. Si je place, d’ici la fin 2012, tous mes personnages sur l’échiquier, il faudrait que ce soit pour les rassembler autour d’une cause commune, lutter contre la faim dans le monde, par exemple. Ou autour d’un statut commun : tout le monde habite la même rue. Qu’est-ce qui m’intéresse assez pour devenir un élément moteur du récit ? Les grands thèmes universels tels l’amour/la haine, la vie/la mort,  la paix/la guerre ? La subjectivité des consciences et des interprétations m’intéresse, mais c’est justement elle qui me fait tant dévier. La recherche de ma voie m’intéresse aussi, or cela m’a nui parce que je me suis fourré le nez ici et là mais je n’ai rien découvert ni rien révélé. Qu’est-ce qui m’intéresse ? Je me donne jusqu’à demain pour y penser.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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2 Responses to Jour 1 860

  1. Avatar de Jacques Richer Jacques Richer dit :

    Entre temps – c’est-à-dire, d’ici « demain » – une suggestion: il suffirait que la rue commune à tous tes personnages soit assez longue, comme la rue Sherbrooke, ou St-Laurent, par exemple, pour te laisser une très grande liberté d’invention, tout en ramenant tout ce beau monde au bercail, près de toi. On pourrait même les voir marcher dans la même rue, un beau jour très chaud d’été, noyés volontairement ou non dans une manifestation monstre anti-ce-que-tu-voudras, ou pro-quelque-chose. Ou simplement là, immobilisés par le froid, un court moment, à regarder passer la parade du Père Noël :O) Ou ils pourraient attendre en file, sur le Pont Jacques-Cartier, pour sauter dans le vide les uns après les autres, le Jour 1 de ta grande finale!

    Je me sens tellement idiot à cette heure-ci… la fatigue me fait délirer.

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