Jour 1 866

Mine de rien, j’ai entamé le texte d’hier avec deux résolutions, une relative à maman que je vais mettre à exécution demain quand je la verrai à sa maison pour personnes âgées, et l’autre relative à la énième grossesse de Yasmine dont je ne me mêle pas, je la laisse arranger ça avec Yuri. Comme si ce n’était pas encore assez, j’ai terminé le même texte avec une troisième résolution qui consiste à me décloisonner l’intérieur pour ainsi sortir de la prison que je me construis. J’ai rêvé à un début de décloisonnement d’ailleurs et cela me ravit. Pour une fois, j’ai l’impression d’être sur la bonne voie !
J’étais à l’extérieur de l’Université quelque part sur le campus. Il faisait noir puisque c’était le soir tard, et j’enlaçais très fort le problème qui m’assaille en ce moment. Je devrais dire qui nous assaille car il s’agit d’un problème au travail qui touche toute mon équipe, qui touche, autrement dit, la grande famille universelle de notre belle équipe solidaire. De manière fort symbolique, le problème, sous la forme d’une évanescence, d’une énergie bleutée cotonneuse ou nuageuse, descendait vers moi depuis la haute tour d’ivoire où se terre la direction rectorale. C’est difficile à se représenter, enlacer pour ainsi dire de l’air, alors disons pour simplifier que j’enlaçais une personne que je ne connais pas et qu’ainsi enlaçant je faisais corps avec un problème abstrait qui n’a pas de corps.
Du ciel, il descendait tout d’un coup, de manière apocalyptique, un gros cube illuminé dont les cloisons étaient faites de grillage (la prison) dans lequel il y avait quelqu’un, un extraterrestre qui irradiait une lumière verdâtre fluorescente. J’enlaçais à l’étouffer mon problème en lui disant, tremblante de peur, que ce n’était pas la première fois que ce personnage venait nous visiter. Mon problème abstrait, personnifié par un être inventé en train d’étouffer, n’était pas très participatif. Il ne me répondait pas pour calmer mes angoisses, il me faisait comprendre qu’il n’avait pas grand-chose à voir avec mes tourments, finalement. Il se transformait même en un précieux adjuvant puisqu’il m’expliquait qu’il suffisait de crier son prénom pour que l’extraterrestre déguerpisse.
Je ne savais pas quel était le prénom de ce visiteur, mais comme je suis habituée à laisser sortir de ma bouche des mots dont je ne me fais aucune idée, je criais :
– Jean-Clovis !, un peu surprise de m’entendre enchainer ces syllabes, mais pas surprise à en tomber à terre.
Et, effectivement, entendant son prénom, Jean-Clovis, l’extraterrestre, disparaissait.
Autrement dit, je n’ai pas vraiment de problème, ou encore mon problème potentiel est disparu comme par enchantement, et en outre la porte de la prison grillagée était grande ouverte.
Cependant, je me demande qui est Jean-Clovis dans ce contexte et quelle est sa fonction, s’il en a une, dans la résolution de mon emprisonnement personnel. Ma première pensée, dans mon rêve, est allée à un oncle décédé qui portait ce prénom –où on comprend que dans mon rêve, j’essayais d’interpréter mon rêve, le climax de la mise en abyme. Cet oncle était dépressif et torturé. Il descendait du ciel –où je l’espère heureux–, arrivait sur terre –où il était malheureux– et repartait aussitôt sans se faire prier. Une visite éclair. Un clin d’oeil, les tatas que me fait régulièrement François quand l’heure affiche des chiffres identiques. François était aussi un être torturé et son physique était semblable à celui de Jean-Clovis. Clovis tout court est un être réel de chair et d’os, non décédé, au physique semblable à celui de François et de Jean-Clovis, avec lequel, à l’inverse de deux premiers, il m’est arrivé de m’écrouler de rire. Je me rappelle que François disait aussi, du haut de ses douze ans de plus que moi, qu’on n’a de pouvoir sur rien, dans la vie. Rien que cela, pour aujourd’hui, constitue un petit répit dans la définition de ma vie.
C’est un luxe, quand même, d’être heurtés, voire révoltés, dans notre petite équipe de six. Pendant que nous nous excitons, une autre collègue, hier, non pas dans mon rêve mais dans la réalité, était sur une table d’opération.

Avatar de Inconnu

About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
Cette entrée, publiée dans 2 200 textes en 10 ans, est marquée , , , , , , , , , , , . Mettre ce permalien en signet.

Laisser un commentaire