C’est plus facile de me projeter dans ma personne et de me traiter en tant que personnage principal de mes célestes aventures que de faire évoluer des personnages extérieurs à moi-même dont l’univers mental m’échappe complètement. Il paraîtrait que Michel Tremblay, si j’ai bien compris une entrevue télévisée que j’ai écoutée il y a longtemps, sait dès le départ, au moment où il commence un texte, quelles sont les motivations profondes de ses personnages, quelles seront leurs actions et leurs paroles. S’il arrive qu’un personnage l’amène ailleurs que ce qu’il avait préalablement décidé, il est à ce point contrarié qu’il veut tout arrêter. Il se sent piégé. Autrement dit, il contrôle tout. En simplifiant un peu, on peut dire qu’il transcrit une structure déjà édifiée au moment où il entame l’écriture de son roman.
De mon côté, je ne contrôle rien, sinon les bases de la grammaire et de l’orthographe, –et je déplore mon manque de vocabulaire. Mon plaisir est de me laisser porter et d’être la première lectrice surprise par ce que mes doigts sur le clavier noirciront à l’écran. On peut en conclure que je suis égocentrique. Privilégiant le plaisir de la découverte, je néglige le lecteur pour lequel il n’est pas aisé de suivre les méandres de mes inventions. Un bon ami que me lisait à mes débuts, incidemment, m’a avoué se contenter dorénavant de traverser les pages de mon blogue en diagonale rapide.
De manière générale, je suis capable de dire comment je me sens, et ce que je pense d’un événement, quitte à m’exprimer a posteriori. Mais qu’est-ce que Yasmine désire obtenir quand elle me parle au vous ? Qu’est-ce qu’elle dégage exactement ? De la sensualité comme on l’aurait espéré quand elle a entrouvert sa cape lors d’une séance de modèle vivant ? De la maladresse quand elle s’est accroché le chignon au plafond ? Du désordre puisqu’elle laisse trainer ses affaires dans la voiture de Clovis ? De l’empathie s’il est vrai qu’elle se soit prise d’affection pour maman et qu’elle l’amène ici et là se promener ? Peut-on être à la fois sensuel, maladroit, désordonné et empathique ? Oui. Je ne suis pas plus avancée.
Xena est-elle vraiment guillerette ou n’est-elle pas plutôt sous le charme d’un pays qui est moins en crise que le sien ? Quand ça fera quelques mois qu’elle sera parmi nous et qu’elle aura marché les pieds dans la gadoue en hiver, sera-t-elle aussi enjouée ? Et comment ça se fait que sitôt introduite dans l’épisode rawdonnien elle s’en soit aussi vite éclipsée ?
Zoé est-elle séduite par la beauté intérieure et extérieure de Clovis, ou fait-elle semblant de le courtiser à la seule fin de me déranger ? Si elle est séduite par sa beauté intérieure, comment a-t-elle fait pour en percevoir les vibrations en aussi peu d’interactions ? Et vibrant tant que ça, qu’est-ce qui va arriver si elle s’approche trop de Clovis et qu’il se mette à vibrer aussi ? N’est-ce pas étrange, d’ailleurs, qu’il ait passé si facilement sa voiture à Yasmine et qu’il refuse de me la laisser conduire hormis qu’il ait trop bu ? Et tant qu’à m’inquiéter et à verser dans la suspicion, Clovis ne serait-il pas en ce moment en train d’avoir du bon temps avec les deux autres alphas ? En tout cas, ça fait un bon moment qu’il est en train de discuter avec le client de Subton pendant que les trois excentriques, après s’être lancé des flèches, fixent maintenant, un peu piteuses, la porte du salon de thé.
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