Au moment où je m’apprêtais à écrire mon mot du jour, ce midi, ma collègue préférée –qui ignore que mes heures de dîner sont si occupées– m’invite à manger. J’y vais. Nous nous rencontrons dans un restaurant vietnamien au métro Parc. Mis à part le fait que je digère encore ce soir à 20h30 ce que j’ai mangé à disons 12h30, c’était très bon, bien que je ne puisse dire ce que j’ai mangé. J’ai commandé un D6, et ma collègue un A28. Tout allait bien, aucune alpha ne m’a tourné autour au restaurant pour me narguer, me déstabiliser, m’imposer des personnages ou me frôler du bout de sa cape.
Après, nous avions une réunion avec d’autres, toujours à propos des systèmes supra sensationnels dont le déploiement dans quelques mois fait peur à tout le monde. Pour vous dire à quel point cela se déploie confusément, je n’ai pas réussi à savoir quel était l’enjeu, le but, la difficulté principale qui justifiaient notre rencontre. On peut penser que je ne suis pas vite, intellectuellement, et pas très intéressée par les problèmes techniques de haute voltige, mais ceux qui sont intéressés et d’esprit vif ramaient quand même aussi.
Au bout d’une heure, les deux têtes d’affiche de la réunion devaient se rendre à une autre, plus importante, alors nous avons tout arrêté et nous sommes retournés à nos petites affaires. Retournant à mes petites affaires, je me suis mise à penser à Yasmine qui est venue me relancer à l’université hier avec sa foutue cape qui me fait éternuer parce que les poils sont pleins de poussière. Je ne la laisserai pas faire. Elle ne viendra pas mettre en péril ma concentration et ma tranquillité d’esprit. Elle ne s’approchera pas de mon poste de commandes dans ma chambre des machines. Elle ne touchera pas une seule touche de mon clavier. Écrivant cela, je m’inquiète néanmoins car je sais bien qu’elle n’est pas venue écornifler pour rien et qu’il n’y a pas grand-chose à son épreuve. À peine faisait-elle la connaissance de Clovis qu’elle lui empruntait sa belle Subaru. Ça nous donne une idée. Si Yasmine est venue me menacer d’écrire à ma place, hier, en faisant semblant d’avoir besoin d’information au comptoir de l’aide financière, c’est tout simplement pour s’assurer que je vais dire oui les yeux fermés, les prochaines fois, quand elle me proposera des personnages, que je les aime ou que je ne les aime pas.
– Si je peux lui faire assez peur, se dit Yasmine, toutes mes fantaisies seront acceptées
– en autant que je n’aie pas à me battre pour défendre mon rôle privilégié d’auteure.
-
Badouziennes
Textes antérieurs
Qui est Badouz ?
Une autrice illustrement inconnue !
Catégories