Jour 1 890

J’ai donné vie au personnage de Zoé il y a longtemps, peut-être une quinzaine d’années, dans une nouvelle intitulée Zoé, qui s’est ensuite intitulée Glissements pour une parution dans la revue STOP, du temps qu’elle existait. Je peux fournir le numéro de la revue à ceux qui voudraient vérifier. Je ne l’ai pas en ce moment, mais en cherchant un peu je pourrai retrouver un exemplaire de la revue dans un fond de bibliothèque à la maison. À l’époque, je voulais déjà produire un recueil de vingt-six textes dont chacun aurait une héroïne au prénom changeant selon la contrainte du Z à A. Mais au même moment ou à peu près, j’ai fait la rencontre de l’homme qui allait devenir le papa d’Emma, et ensuite j’ai fait la connaissance de ses deux fils qui n’avaient que cinq et dix ans, et au bout d’un moment nous avons fait l’expérience d’habiter tout ce beau monde ensemble. Ouille. À travers ça, j’ai écrit le recueil La zébresse, en grugeant sur le temps. Aille. Puis, chouchounette est née sans vraiment de douleur, l’accouchement a été facile. Les années ont passé, je me suis séparée –jamais je n’aurais pensé faire ça–, et ma fille est maintenant une belle jeune femme de seize ans.
Pauvre Zoé, elle a attendu tout ce temps-là avant de ressusciter. Elle n’en revient pas d’être à nouveau capable de bouger, de parler, d’interagir avec des individus dont on ne peut pas dire qu’ils sont de chair et d’os, comme Clovis et moi, mais disons qu’ils sont de la chair et de l’os de la fiction. Cette passivité forcée, cet immobilisme de plusieurs années pendant lesquelles elle n’a rien fait d’autre qu’être couchée sur papier, ont semblé à Zoé une éternité. Pour s’encourager, elle se disait que si on lui insufflait à nouveau la vie, elle allait en profiter en titi.
– En ostie, dirait Clovis.
C’est peut-être pour ça que je me suis sentie suspicieuse, instinctivement, quand je l’ai vue se pointer sur la plateforme où nous nous embrassions, Clovis et moi, aux chutes Dorwin. Le regard de Zoé exprimait la vitalité d’une femme que rien ne peut arrêter. Son regard, justement, se posait de manière un peu trop appuyée sur Clovis.
– Vous avez de longues jambes, lui dit-elle d’entrée de jeu, sans se présenter ni rien, comme si elle connaissait déjà mon amoureux –et comme si elle se prenait pour le loup.
Clovis, qui a en effet de belles et longues jambes que j’adore, ne connaissait pas encore Zoé et n’en avait pas entendu parler. Je commente assez peu mes écritures quand nous sommes ensemble, je préfère profiter à plein de la réalité. Clovis connaissait encore moins Xena, rappelons-nous qu’elle n’a pas fait grand-chose jusqu’à maintenant, seul son prénom apparait dans la trame narrative. D’ailleurs, quand j’étais moi-même sur la plateforme des chutes, je ne connaissais rien de cette femme, Zoé et Yasmine s’en venaient me la présenter. Voyant cependant Yasmine arriver, qui veut toujours lui emprunter son véhicule, j’ai senti Clovis se raidir de toute sa personne. C’était facile de le sentir car nous étions toujours enlacés. Je m’en voulais de cette rencontre imprévue et j’ose écrire indésirée –on était tellement bien seuls et tranquilles. Après tout, c’est moi qui suis à l’origine de ces personnages qui nous suivent partout, Clovis n’y est pour rien. Omettant Yasmine, –elle essayait de se débarrasser d’une agrafe ou d’un crochet quelconque qui tirait sur des fils de sa cape–, je dis à Clovis :
– Voici Zoé, en tendant la main vers Zoé, et voici …
– Xena, répondit Zoé.
– C’est bien ça, ajouta Xena, à la seule fin, m’a-t-il semblé, de tester sa voix.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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