Je lis le texte d’hier et je ressens quelques pincements au cœur aux endroits qui ne me plaisent pas, qui n’ont pas donné l’effet que j’espérais obtenir, un effet qui a souvent à voir avec le rebondissement. J’espère faire rebondir ces endroits du texte un jour.
Pour l’instant, je désire exprimer ceci : j’ai tartiné pas mal épais, dans le texte d’hier, parce qu’en fin de compte j’étais habillée ordinaire, samedi dernier, quand nous sommes allés à Rawdon. Je portais une tenue sport noire, grosso modo, d’autant que dans l’auto j’ai enlevé mes gants fantaisie, qui n’allaient pas avec le reste. C’est ce qui fait qu’une fois arrivés chez Subton, le commerce que Clovis devait évaluer, nous sommes sortis tous les deux de la Subaru. L’évaluation a duré quelques minutes seulement, nous ressortons. Nous nous dirigeons vers les chutes Dorwin où nous attendent Zoé et Yasmine, mais ça, nous ne le savons pas encore. Nous arrivons sur le site, nous empruntons le premier sentier en nous tenant la main. La vie est belle, il fait doux. Les couleurs apparaissent saturées de bleu gris à travers la bruine qui se crée en permanence dans le fracas de l’eau sur les rochers. Nous essayons de ne pas glisser là où des flaques d’eau se sont formées. Nous atteignons une plateforme entourée de garde-fous destinée à l’observation et nous nous embrassons.
Pour ceux qui s’en souviennent, Zoé et Yasmine suivent ensemble un entraînement de Taekwondo. Comme elles sont grandes toutes les deux, elles sont naturellement allées l’une vers l’autre quand est venu le temps de se trouver une partenaire parmi les membres du groupe. Un soir qu’elles avaient particulièrement bien combattu, elles ont eu envie de faire plus ample connaissance. Elles sont allées chez Zoé, l’adresse du domicile de Yasmine n’ayant pas encore été précisée à ce jour. Celle de Zoé, oui, elle habite rue Garnier, à moins d’un coin de rue du métro Fabre. Après avoir avalé un ou deux camparis, les jeunes femmes se sont mises à lire leurs courriels sur leur iPod –elles en ont chacune un–, et les grands titres du Cyberpresse.
– Je viens de m’abonner à un blogue, j’y pense tout d’un coup, dit Zoé à Yasmine, en ouvrant cette fois son portable qui était sur la table de la cuisine pour bénéficier d’un écran plus grand. Cela s’appelle les productions Badouz. Je ne sais pas s’il faut prononcer Badouze ou Badou.
– Badou, c’est joli, répond Yasmine sans vouloir trancher.
Les deux femmes s’approchent instinctivement de l’écran, leur verre à la main. Zoé a une connexion Internet plus performante que la mienne. Le temps de le dire, le fureteur accède au blogue ci-nommé. Elle clique au hasard sur un lien et tombe sur le texte numéro 1910, dans lequel j’annonce mon projet d’introduire vingt-six personnages féminins dont les prénoms commencent par une lettre à chaque fois différente de l’alphabet, en commençant par la fin.
– Zoé, prononce Zoé, le cœur battant déjà la chamade.
– Yasmine, prononce Yasmine, à peine capable d’articuler.
– C’est comme ça que nous sommes nées ?, se sont-elles exclamées en se regardant, en s’inspectant l’une l’autre comme si elles étaient des extraterrestres, mi-terrifiées, mi-assommées.
Yasmine fut la première à s’en remettre car elle a eu un parcours difficile dans la vie et elle est habituée aux coups durs.
– J’ai une idée ! Nous allons nous-mêmes introduire Xena !
– C’est qui ça ?, demande Zoé.
– On ne le sait pas encore, on va l’inventer.
– Et une fois inventée, qu’est-ce qu’on va faire avec ?, demande Zoé, en trouvant elle-même la réponse à sa question avant d’avoir fini sa phrase. Ça lui arrive, parfois, d’ouvrir la bouche sans avoir suffisamment réfléchi.
Les deux femmes, ce soir-là, se quittent le regard brillant.
Appuyés au garde-fou, quelques jours plus tard, les deux amants s’embrassent. Clovis appelle ça Faire des gazouillis. Donc, avec Lyncha, ils gazouillent. Ils gazouillent tant et si bien qu’ils ne voient pas arriver nos trois mousquetaires joyeux et un brin tapageurs. Joyeuses et tapageuses.
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Badouziennes
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Une autrice illustrement inconnue !
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Je commence déjà à sentir l’étourdissement que va nous causer ton alphabet, lorsqu’il sera complété! Surtout si tu t’amuses à les entremêler fréquemment, et à y mêler réalité et fiction! Moi qui était déjà mêlé à Y!
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Merci mon cher ami, tu es au centre du texte d’aujourd’hui, grâce à ce commentaire … Merci de veiller sur moi !
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