C’est Zoé, en sortant de son cours de Tae Kwon Do, qui m’a présentée Yasmine. Nous nous sommes croisées par hasard, les trois femmes, un soir de septembre il y a plus d’un an. D’ailleurs, dans le tome 1, j’ai commenté cette soirée, sans faire mention cependant de la rencontre. Après mon cours à l’UQÀM pour lequel j’essayais de construire un bateau qui n’allait pas couler, ni verser à babord ou à tribord, je m’étais rendue chez Omer DeSerres acheter des toiles grand format pour mes projets personnels. Mon passe-temps préféré à la campagne consiste à couvrir des toiles d’acrylique, lesquelles couvrent ensuite les murs. Il commence à y en avoir pas mal, figuratives et abstraites, mais pas encore assez pour pouvoir écrire, dans mes textes, que mes murs sont couverts de toiles. Dans deux ou trois ans, cependant, ils le seront peut-être, si je continue de produire au même rythme. Donc, les toiles grands formats dans des sacs encore plus grands, je marchais sur mes talons aiguilles, événement rarissime car je choisis habituellement de marcher à mon aise en enfilant mes chaussures de garçon. Je n’étais pas discrète sur le trottoir, entre les claquements de mes talons et les frottements des sacs sur mes mollets, clac clac et floc floc. J’avais hâte d’arriver à ma voiture mais je goûtais malgré tout la douceur du temps.
– Hey !, Lynda ! Comment ça va ?
Je ne reconnaissais pas la voix qui me hélait. Comme il faisait noir, je ne voyais rien. D’ailleurs, avoir vu, je n’aurais pas reconnu Zoé qui a beaucoup changé.
– Je te présente Yasmine, a-t-elle enchaîné, sans se rendre compte que je ne l’avais toujours pas replacée, elle, Zoé.
Il ne me vient pas le réflexe de parler, quand je ne reconnais pas la personne qui m’aborde, j’attends de savoir à qui je m’adresse. Mais j’en ai néanmoins profité pour déposer mes sacs et, tant qu’à faire, j’ai aussi déposé mon sac à main qui me sciait l’épaule. Je regardais Zoé sans savoir encore que c’était elle, et en détaillant cette personne devant moi qui me souriait, mon regard est tombé sur une longiligne silhouette dont je ne voyais que les extrémités, les pieds et la tête. Les pieds étaient chaussés de sandales ultra féminines aux courroies dorées. Les chevilles n’avaient pas l’air bien bien solides en appui sur des talons de peut-être trois pouces de haut. La tête, et bien c’est difficile à dire pour la tête, Yasmine fixait ses courroies et je ne voyais qu’une forme semblable à un chignon très décoiffé. Entre les pieds et la tête, on le devine, il y avait une cape, pas adaptée pour la saison, on aurait dit en feutre de laine et de couleur marine par-dessus le marché, dans le sens que les couleurs foncées attirent la chaleur et j’espérais qu’elle n’ait pas porté ce vêtement trop lourd toute la journée.
– Vous n’avez pas chaud ?, ai-je demandé sans m’attendre à ce que ces mots me sortent de la bouche.
Pas de réponse de la longiligne.
– Je te donne ma carte, s’est empressée de dire Zoé. On se fait signe !
Les deux femmes étaient déjà derrière moi que je n’avais toujours pas bougé, sauf pour tendre la main à la carte d’affaire qui m’avait été tendue. J’ai mis la carte dans mon sac à main, machinalement, j’ai ramassé les autres sacs et je me suis rendue laborieusement au PARCAM en me disant que ce n’était pas bête, l’idée de se faire faire une carte, non pas tant d’affaires, que de coordonnées.
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