Ma tantine voisine, qui voit pourtant arriver et repartir Yasmine les journées que j’organise des classes de modèle vivant, ne croit pas qu’elle existe.
– C’est un personnage inventé, m’a-t-elle écrit par courriel pour tester quelle réponse j’allais lui donner.
Une chose est sûre, quand j’ai quitté la campagne dimanche dernier, le week-end étant à la veille de se terminer, ou, plus précisément, je m’en allais terminer le week-end chez Clovis qui m’attendait pour souper, les empreintes de pas de Yasmine étaient encore visibles dans la neige. Parce qu’il a neigé. Yasmine est passée dans la journée non pour poser, mais rapidement pour se faire payer. Elle m’a téléphoné en me disant que dans moins de cinq minutes elle serait là. J’étais en train de placer dans le coffre arrière de ma voiture les plats que j’avais cuisinés, des quiches, une tarte aux raisins et des raviolis. Elle arrive. Elle sort de sa Subaru, en bottes fourrées sous une longue cape de queues de renard.
Sur le coup, je me suis demandé ce qu’elle allait porter en janvier quand il ferait moins trente, puis j’ai remarqué qu’elle était moins longiligne que d’habitude et peut-être plus stable dans sa démarche.
– Seigneur ! Yasmine, c’est la première fois que je te vois porter des chaussures sans talon !
– C’est pour confondre tes lecteurs, me dit-elle en me faisant un clin d’oeil.
On voit ça parfois chez certaines personnes. Je pense d’ailleurs que c’est le cas de Ludwika. La personne parle et sans qu’il y ait de rapport avec les paroles prononcées, un sourcil se met à froncer tout seul, sous l’effet d’un nerf ou d’un muscle qui exprime un spasme. Personnellement, je trouve ça très sexy. Chez Yasmine, ce n’est pas le sourcil qui fronce, mais un seul oeil qui cligne. Les journées qu’elle est plus fatiguée, on peut presque parler d’un tic nerveux. Moins sexy. Quand elle prend des poses pour le dessin, elle ferme tout le temps les yeux, alors ça ne dérange pas.
– Comment les trouves-tu ?, me demande-t-elle à propos de ses bottes, en bougeant la jambe et en pointant le pied pour que j’en vois tous les côtés.
– Pas mal.
En vérité je ne sais pas quoi dire, nous n’avons pas vraiment les mêmes goûts. Elle ne porterait jamais des chaussures de garçon, et encore moins si elles ont la semelle décollée. Et comme je suis plus petite qu’elle, je me vois mal porter la cape de queues. Je suis d’ailleurs en train de flatter les feus renards, je ne peux pas résister à l’attrait de la fourrure. De l’autre main, je donne à Yasmine l’enveloppe qui contient l’argent. Elle ne passe toujours qu’en coup de vent, en dehors des heures où elle vient travailler, si on peut appeler ça travailler, alors elle repart aussitôt non sans me lancer, en s’inclinant pour entrer dans son véhicule :
– J’ai bien hâte de découvrir ce qu’il y a sous ma cape !
-
Badouziennes
Textes antérieurs
Qui est Badouz ?
Une autrice illustrement inconnue !
Catégories
Tu fais cruellement durer le suspense….
J’aimeJ’aime