Jour 1 900

Certaines choses doivent être exprimées avant d’entamer l’ouverture de la cape de mon nouveau personnage. Yasmine est tellement belle, cela dit en passant. J’espère être capable, en tant que narratrice, de rendre compte avec justesse de ses attributs racés, au fur et à mesure qu’il sera question d’elle. Trois lecteurs, donc, m’ont dit hier soir, je les ai rencontrés au Provigo de mon quartier par hasard –ou par nécessité aurais-je envie d’écrire car dans la vie on est obligé de se nourrir–, m’ont dit, donc, je me répète, qu’il est exagéré de laisser entendre que la tête de Yasmine touche au plafond quand elle entre chez moi. Je me suis retrouvée sans m’en rendre compte entourée de ces trois personnes dans la rangée des produits surgelés et j’avais l’impression désagréable de devoir me défendre, me justifier. Cela ne s’est pas envenimé car les trois personnes étaient pressées de rentrer pour aller préparer le souper, mais j’espère ne pas avoir à vivre une situation semblable dans un contexte où les gens disposeraient de plus de temps.
– Il ne faut pas sauter trop vite aux conclusions !, ai-je fini par m’exclamer.
C’est comme pour la non consultation du site web de l’unité qui m’a été reprochée, lors de mes entrevues ratées pour un poste mieux payé à l’université, pour ceux qui se souviennent avoir lu ces épisodes dans le tome 1 –car mine de rien je suis presque rendue à la moitié du tome 2 ! J’avais expliqué en entrevue que je n’avais pas eu l’occasion récente de visiter le site web de l’unité auprès de laquelle je tentais d’obtenir un poste. Or, selon les gestionnaires qui m’auraient embauchée, et aussi la conseillère RH, il aurait fallu que je dise au contraire que je l’avais visité huit fois plutôt qu’une. J’avais dit à la place, cocotte, que j’analysais en les visitant assidûment les sites qui étaient gérés par des progiciels PeopleSoft, puisque tel était le dossier prioritaire qui m’avait été assigné. En tout cas. Ici, c’est pareil. Je considère qu’il n’est pas exagéré que Yasmine, entrant chez moi, courbe l’échine, et ce pour deux raisons : quand on est grand, on prend l’habitude, par réflexe protecteur, de pencher la tête en entrant quelque part, même si la hauteur du lieu est suffisante pour accueillir l’individu. J’ai de cela tous les jours de nombreux exemples dans les transports en commun. Quand ils entrent dans le métro, les hommes très grands, quoique moins souvent les grandes femmes, je le concède, inclinent la tête au moment où ils franchissent les portes. Quand ils sortent cependant pour atteindre le quai, ils l’inclinent moins. Autre chose : le vestibule de la maison de campagne est bel et bien bas, à tel point que mon frère aux grandes pattes d’ours, qui est grand, crée immanquablement de l’électricité statique avec ses cheveux qui frôlent le plafond. Le temps qu’il entre, traverse le vestibule et atteigne la cuisine, où le plafond retrouve une hauteur normale, les cheveux de mon frère se dressent droit dans les airs. Lors d’une fête de famille, nous avons pris une photo de frérot ainsi électrifié. Si j’y pense, je pourrai la publier moyennant l’ajout avec PhotoShop d’une paire de lunettes fumées sur le visage de frérot qui désire garder l’anonymat.
Il est une dernière chose, avant l’ouverture de la cape, que je ne peux passer sous silence en lien, justement, avec les lunettes fumées. À quelques reprises pendant mes récentes vacances, et contrairement à ce que j’ai pu affirmer de manière unilatérale dans le tome 1, à savoir que je ne ressens aucun intérêt pour ma mère, j’ai pris plaisir à la visiter au centre d’hébergement où elle se trouve depuis sa sortie de l’hôpital. Elle m’a rendu la monnaie de ma pièce, d’ailleurs, et j’ai trouvé cela fair play –l’expression en français m’échappe pour l’instant. Elle m’a rendu la monnaie en disant que je me prenais pour une excentrique qui ne fait jamais rien comme tout le monde, qu’elle aimait mieux ne pas me voir, mais que si je revenais quand même, en m’accusant de toujours faire à ma tête, elle aimerait bien que je lui achète un petit miroir. Cela étant, elle m’a aussi laissée la prendre en photo, une photo que je ne mettrai jamais sur mon blogue car je lui ai promis que cela restait entre elle et moi. Elle m’a laissée lui offrir ma plus belle bague, et elle a accepté les chocolats que je lui ai offerts pour son anniversaire, elle a eu 77 ans. Donc, lors d’une de mes visites, je suis restée jusqu’au moment où l’infirmière est venue dire à maman que le souper allait être servi et qu’elle pouvait se rendre à la salle à manger. Or, savez-vous ce que fait maman avant de sortir de sa chambre, la coquine, la star, la contemplative farouche toujours intimidée ? Elle se met des lunettes fumées !
– Maman, t’é hot !, me suis-je exclamée.
– Comment ça ?, m’a-t-elle répondu en se les ajustant sur le nez.

Avatar de Inconnu

About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
Cette entrée, publiée dans 2 200 textes en 10 ans, est marquée , , , , , , , , , , , . Mettre ce permalien en signet.

1 Response to Jour 1 900

  1. Ping : Jour 1 983 | Les productions Badouz

Laisser un commentaire