Pour faire changement du restaurant Percé, Emma et moi nous sommes rencontrées ce midi angle Édouard-Montpetit et Côte-des-Neiges pour décider ensemble à quel endroit on irait manger. La dernière fois qu’elle a dormi chez maman était le 11 juillet, la veille du départ en Grèce, or nous sommes rendus le 27 août. J’ai hâte à demain, reprise de l’école, reprise des dodos chez maman. La reprise des lunch me tente moins, encore une année de sandwiches au thon, de pommes vertes, de barres tendres, de berlingots de jus, de carottes miniatures et de bâtonnets de céleri. Pas de noix, à cause des allergies.
Emmanuelle, nous sommes à l’angle des rues ci-nommées, me dit :
– Décide maman, on va où tu veux.
Alors on est allées manger vietnamien dans un demi-sous-sol.
Je la trouve dorée par le soleil, les cheveux longs et plus blonds, les yeux très verts, sans lunettes. Elle porte le même tee-shirt qu’à notre dernière rencontre au Percé sur lequel elle avait échappé de la sauce brune, c’était la fois du bracelet brésilien. D’ailleurs, je porte ledit bracelet, Emma m’en a fait cadeau aujourd’hui. À la lumière du jour, une fois sorties du restaurant, j’avais remarqué que la sauce faisait une grosse tache, juste au-dessus du sein droit, qui est encore là aujourd’hui. Je veux dire la tache. Je reconnais bien là ma fille, mais à sa décharge je dirais que le tee-shirt n’a pas été porté entre les deux sorties.
C’est comme la fois où j’étais seule à la maison et que j’attendais François et Emmanuelle. Une porte s’ouvre et je me demande qui, des deux, est arrivé. Je l’ai su immédiatement quand j’ai entendu hoqueter en bas de l’escalier. Ça ne pouvait être qu’Emmanuelle. La preuve : du corridor, une voix féminine se dirige vers moi :
– Salut maman, hic, c’est moi. Ça va ?
– Très bien, et toi ?
– Hic, ça va !
Au moment de nous quitter, je propose à Emma de s’arrêter à la banque où elle a son compte prendre rendez-vous pour une transaction que nous avons à y faire. Ça n’a pas l’air de lui plaire. Je m’apprête à tenter de la convaincre quand mes yeux se posent sur la tache.
– Oh et puis, laisse faire, chérie, je vais m’en occuper.
Orgueil de la mère.
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