Jour 1 912

Je dresse mentalement la liste des choses que j’aimerais faire pendant mes vacances en septembre. Le premier élément qui se présente à mon esprit : des toiles à l’acrylique de différents formats, d’autant que j’ai acheté des tubes de couleur récemment et d’autant que j’ai entamé un quadriptyque qui m’attend. Clovis a rangé les quatre toiles le long du comptoir de la cuisine, dans une portion du comptoir où on ne va jamais, pour qu’on arrête de s’accrocher dedans. Par orgueil, pour qu’on me sache experte en la matière, je précise que les tubes que je viens d’acheter ne seront pas utilisés tels quels, mais saturés dans leur couleur par l’adjonction de pigments secs préalablement mélangés à de l’hydrate de méthyle.
J’aurais besoin de couvrir de toiles les murs de la maison de campagne car j’ai écrit dans un  texte précédent, qui est passé sous la loupe de l’éditeur, que les murs y étaient couverts de toiles. Lors de notre rencontre à la terrasse de la Brûlerie, avant que ne se pointe Arthur pour nous déranger, il m’a demandé en me regardant de son petit œil perçant :
– Les murs sont couverts de toiles, vraiment ?
J’ai patiné, j’ai répondu qu’il y en avait quand même pas mal, et mentalement je me suis dit que j’allais m’arranger pour qu’il y en ait encore plus, par souci de véracité. Autrement dit, j’ai plus envie de créer des toiles supplémentaires que de modifier mon texte.
François m’avait un jour acheté chez Omer DeSerres de la toile brute sans apprêt. Je voudrais donc, en plus de créer des œuvres sur toile, apprêter la toile en l’enduisant au préalable de Gesso. Une couche, deux couches, des couches tant qu’on veut disait un de mes profs, en autant que l’on prenne le temps de sabler délicatement la surface entre chacune. Il est préférable de faire cela dehors pour ne pas salir la maison.
Voilà deux choses qui, à elles seules, pourraient largement occuper mon mois de vacances, car je pense m’absenter tout ce temps, et je suis chanceuse, la patronne est d’accord.
Mais je devrai bien entendu me consacrer prioritairement à la relecture de mon Tome 1, une autre chose qui pourrait m’occuper de manière soutenue pendant tout le mois.
Entre la relecture et l’acrylique, j’aimerais travailler sur les carrés de tricot qui occupent maintenant la moitié d’un mur du salon. Si l’acrylique se fait dehors par beau temps et la relecture en-dedans, je pourrais m’arrêter devant le mur du salon entre mes deux activités et faire progresser le projet de carrés. Ces derniers jours, je pense les enjoliver avec des boucles d’oreilles orphelines et avec des petites épingles dorées semblables à celles qui retiennent les étiquettes sur les vêtements en vente dans les magasins. J’en ai tout un tas qui me proviennent non de vêtements que j’aurais achetés mais de ma sœur qui m’en a donné.
Entre l’acrylique et le Gesso dehors, et la relecture dedans en me levant à l’occasion pour tourner la cuiller de bois dans un ragoût ou autre plat qui pourrait être en train de mijoter, je pourrais aussi, une fois accrochées aux carrés de tricot les boucles d’oreilles et les épingles, et après m’être reculée du mur pour vérifier l’effet et trouver, comme d’habitude, que c’est poche et aller tout enlever, je pourrais aussi m’organiser pour finir les cent dernières pages de mes mousquetaires chéris. Comme ça, je n’aurais pas besoin de reprendre des passages du Tome 1 pour expliquer comment ça se fait que je n’ai pas fini le livre. Plus simplement, je retracerais pour les enlever les passages dans lesquels il est fait mention que je n’ai pas encore fini le livre.
Pendant ces activités vacancières dont j’anticipe le déroulement dans mon imagination, je suis très égoïstement seule à la campagne, dedans, dehors. Je ne rejette pas la possibilité qu’être dehors, tout simplement, soit une activité principale. Je me vois marcher autour de la maison, réfléchir à la progression éventuelle de l’œuvre aux roches peintes dans laquelle Clovis et moi avons planté des vivaces qui aiment l’ombre, parce que l’installation est à l’ombre. Ou encore je me vois marcher en direction du gros couvercle de béton circulaire de la fosse septique et imaginer une forme d’intégration de ce nouvel élément à l’ensemble du terrain.
Hormis ces moments d’égoïsme solitaire, je compte vivre des moments de partage avec bien entendu Clovis, avec papa, avec tante Alice, avec Emma. Emma, d’ailleurs, sera de retour à l’école, à Montréal, donc il y a de bonnes chances que l’égoïsme solitaire ne se décline qu’une semaine sur deux.
Une chose est sûre, je vais faire mon gros possible pour ne pas penser trop souvent, regardant chez eux, je vais d’ailleurs essayer de ne pas regarder, au fait que tonton et tantine seront absents, pour une période que je nous souhaite à tous aussi courte et sereine que possible.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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