Miraculeusement, je m’étais fait une copie de sécurité jeudi dernier avant de quitter. Je travaillais dans le tiré à part de la Faculté des arts et des sciences ce matin, à mon bureau dès 7h30. C’est bien pour dire, quand j’ai connu Clovis je me levais à midi, et maintenant je me lève à cinq heures et demie. J’exagère. Je me levais à midi les week-ends, et aujourd’hui, cinq heures et demie, est un lundi. Je me disais en voiture ce matin qu’il serait optimal que je termine ce document parce que j’en ai onze autres à produire et parce que j’aimerais prendre des vacances en septembre, qui ne peuvent être prises si les onze documents ne sont pas terminés. Le tiré à part de la Faculté des arts et des sciences étant le plus volumineux, je me sens débarrassée quand il est fini. Or, voici ce qui est arrivé : j’étais en train de couper de longues listes de cours et de programmes quand mon logiciel a gelé, et une fois dégelé j’avais perdu tout ce qui s’était enregistré dans le presse-papier en attente d’être copié. Du fichier copie de sécurité j’ai pu récupérer mes listes, mais j’ai perdu peut-être une heure de mon temps, copie d’un bord, colle de l’autre, en essayant de ne pas me tromper. Au final, sur les plus de neuf heures que j’ai passées les fesses collées sur ma chaise, devant mon écran, je n’ai parlé au téléphone que minimalement, et mes seules allées et venues ont été faites pour aller boire et me libérer la vessie d’avoir bu. Pourtant, je ne suis pas rendue à la moitié du tiré à part.
Quand je serai à la retraite, ce sera la dernière chose à laquelle je penserai, la production des tirés à part qui constituent les annuaires généraux de l’université. Mais j’y aurai travaillé plusieurs années. S’il survenait un cataclysme de type tremblement de terre, ce serait à dernière chose à laquelle les sinistrés penseraient, les publications officielles en milieu universitaire. Et même quand on n’est pas sinistré on n’y pense pas. Pourtant, je suis payée pour m’en occuper. Mais je n’ai jamais compris et ne comprendrai jamais comment ça se fait qu’il faut gagner sa vie sur terre par un travail rémunéré, qu’il soit, ou non, utile à la société. Pourquoi faut-il être rémunéré ? Pourquoi la société a-t-elle créé des universités ? Pourquoi les universités sont-elles friandes de publications officielles non consultées à moins d’extrême nécessité ? Je n’y comprends rien. Mais demain, idéalement très tôt, je serai en train de continuer le tiré à part de la même faculté.
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