Je jure sur la tête de ma fille Emmanuelle, qui est aussi belle en dedans qu’en dehors, qui a confiance en elle, qui ne passe pas son temps comme sa mère, de midi à quatorze heures, à douter et à se poser mille questions, je jure sur la tête de ma fille que ce que je vais écrire aujourd’hui est arrivé pour de vrai hier.
Dans le film de Lelouch Roman de gare, le personnage qu’interprète Dominique Pinon dit à Huguette, excellente Audrey Dana, que ce qui nous arrive nous arrive pour le mieux. Dans la même veine, je pourrais dire, en me référant aux notions de physique que j’ai apprises à l’école il y a plus de trente ans, que le policier qui m’a arrêtée la semaine dernière sans me coller de contravention m’a peut-être sauvé la vie. Il m’a dit :
– Enlevez-en 10,
en parlant de régler mon régulateur de vitesse à la baisse.
Comme je suis tête dure, orgueilleuse, électron libre, et que j’ai beaucoup d’autres défauts, j’ai ajusté mon régulateur à la baisse, mais pas pour une valeur de 10 km/h. Je conduisais sur la 15 Nord vers 19h15 hier soir à une vitesse de 106 km/h. Les deux pieds bien à plat sur le tapis devant moi, les deux mains sur le volant, jetant des coups d’œil rapides dans le rétroviseur, comme il convient de le faire à intervalles réguliers. Tout d’un coup, arrivant de nulle part, à une vitesse de peut-être 120, 130 km/h, une fourgonnette de couleur miel foncé, la couleur du miel que m’a rapporté Emma de Thessalonike, est apparue tel un cauchemar et comme par enchantement dans ma voie, je dirais à moins d’un ou deux pouces de ma belle petite Sonic, côté avant droite. J’ai eu l’impression que le conducteur se battait avec un passager tellement la fourgonnette tanguait sur ses quatre roues. Aussitôt engagée dans ma voie, elle est retournée d’où elle provenait, c’est-à-dire à ma droite, et de là elle s’est rendue toujours vers la droite jusqu’à l’accotement –le conducteur et le passager continuant de se battre dans ma mythologie personnelle. Or au même moment arrivait une VW noire, peut-être une Golf ou une Jetta. Les deux voitures se sont rentrées dedans latéralement, portière contre portière. La Jetta a été propulsée sur le parapet qui longe l’accotement dans un crissement de freins impressionnant. À la suite de la collision, la fourgonnette a arrêté de tanguer et elle a enfin décéléré. Tout ça sous mes yeux en moins de dix secondes.
Sur le coup, j’ai pensé que le chauffeur de la fourgonnette était un chauffeur de taxi, tellement il conduisait mal, mais après coup je me suis rendu compte que l’événement ne pouvait avoir été causé que par la seule nonchalance taxienne. Mon calcul physique est le suivant : en roulant à 106km/h, j’ai été épargnée d’une collision brutale par une aussi courte distance qu’un seul pouce, disons deux, c’est difficile à évaluer de façon précise. Or, le temps qu’il faut pour parcourir un ou deux pouces de distance aurait été moindre si j’avais roulé à une vitesse plus élevée, de telle sorte qu’avoir été à 111km/h, comme la semaine passée, j’aurais peut-être été blessée.
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