Jour 1 937

Ma collègue préférée qui est retraitée mais qui travaille quand même à l’université dans un autre pavillon me demande comment sont nos nouvelles installations au travail. Après deux déménagements dans la même année, nous avons conclu les étapes de l’aménagement final la semaine dernière.
– Nous avons reçu de nouvelles chaises à roulettes et à haut dossier. Sur le plancher de vinyle, ça roule super bien et ça ne fait pas de bruit. Ludwika veut apporter demain ses patins à roulettes pour mieux tester la surface. Malheureusement, juste au-dessus des roulettes, que l’on soit assises tranquilles à travailler, ou en train de rouler pour nous amuser, les poignées d’ajustement nous accrochent les mollets, elles sont mal placées et en plus elles sont difficiles à actionner. Mais le problème c’est Luce.
– Elle n’est pas malade ?
– Elle ne veut pas que Ludwika apporte ses patins demain, c’est comme ça que ses trois enfants ont détruit son plancher de bois, à la maison. On a beau lui expliquer que le bois ne se comporte pas du tout de la même manière que le vinyle, elle ne veut rien savoir.
– Lynda, ça suffit. Au moins, tes niaiseries me font comprendre que tu t’es remise du départ de ta fille.
Voilà qui me coupe la sifflette fret net sec.
– Ça va très bien dans nos nouvelles installations, reprends-je depuis le début en utilisant les mêmes mots, et en mordant dans un bout de pain fabriqué maison que m’a donné Luce (pour s’excuser de n’être pas solidaire du projet de patins). Le seul problème, ce n’est pas elle (Luce), c’est que je fais dos aux collègues. J’avais l’impression que le câblage ne serait pas assez long pour me permettre de me placer face à eux à cause de la prise réseau qui a été installée trop loin.
– C’est peut-être une bonne chose pour la concentration ?
– Peut-être, mais tout à l’heure, et parce que j’étais concentrée, justement, j’ai réalisé que tout le monde était parti seulement quand j’ai trouvé bizarre que personne ne réponde à mes questions.
– Lynda, ça c’est bien toi. Au moins, tu t’es remise de leur départ. Tu devais te douter qu’ils allaient revenir et fouler lestement le plancher de vinyle.
– ?
– Malheureusement, ici, dans notre pavillon pourri, on s’accroche les pieds dans les échardes du plancher de bois. On a beau expliquer aux patrons que ça nous coûte cher de bas de nylon –il n’y a que des femmes qui travaillent dans l’équipe de ma collègue préférée–, ils ne veulent rien savoir.
Trouvant bizarre que je ne réponde rien, ma collègue termine sur ces mots, avant de raccrocher :
– Je voulais vérifier si tu étais vite sur tes patins.

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About Badouz

Certains prononcent Badouze, mais je prononce Badou, un surnom que m'a donné un être cher, quand je vivais en France.
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4 Responses to Jour 1 937

  1. Avatar de Jacques Richer Jacques Richer dit :

    :O)

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  2. Avatar de Marielle Marielle dit :

    haha…
    p.s.: Tu as de bons dialogues pour une version « intelligente » de la série « The Office »

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